Dix ans après son lancement, Immuniser Lyon poursuit les trois objectifs qui ont justifié sa création : faciliter l’accès à la vaccination, restaurer la confiance et améliorer les couvertures. « Notre ambition est la même qu’au premier jour. Nous souhaitons aller encore plus loin en agissant là où les besoins sont les plus importants », souligne la Dr Anne-Sophie Ronnaux-Baron, porte-parole du collectif. « Immuniser Lyon est un exemple innovant d’action concertée entre les collectivités territoriales et des acteurs de la santé, au-delà des seuls acteurs de soins », appuie le Pr Franck Chauvin, professeur de santé publique et soutien de longue date.
En partenariat avec la Ville et la Métropole, les HCL, l’ARS, les URPS, l’Éducation nationale, la Cpam, le Gérontopôle Aura, le centre Léon-Bérard et avec le soutien institutionnel de MSD et Sanofi, le collectif a mené plus de 300 actions depuis 2015 : ateliers dans les écoles, campagnes grippe ou HPV, formation des pharmaciens, interventions en Ehpad, bus de prévention dans les lycées, réalisation d’un film sur l’ARN messager...
En réunissant collectivités, soignants, institutions et acteurs de terrain, Immuniser Lyon montre qu’un collectif territorial peut accélérer la prévention et nourrir la confiance. Cette approche transversale a inspiré dès 2018 la création du réseau Territoires & Vaccination, signe que le modèle lyonnais essaime. Des démarches similaires ont ainsi émergé à Nice (VacciNice) et dans la région Occitanie (Vacci’Tanie).
Aujourd’hui, le collectif bénéficie d’un soutien institutionnel large : cité dans les travaux de la Cour des comptes, il s’inscrit pleinement dans le plan régional de santé Auvergne-Rhône-Alpes 2023-2028 et le contrat local de santé. Il ne dispose pourtant pas d’un financement pérenne et s’appuie sur un noyau de professionnels volontaires. Un modèle agile mais fragile.
Effets tangibles
Sur le terrain, les médecins observent des effets tangibles. Le Pr Yves Gillet, urgentiste pédiatrique aux HCL, constate ainsi une évolution : « On a des données qui montrent qu’il y a une diminution du nombre d’hospitalisations en soins continus et de la durée moyenne de séjour. » Pour lui, le changement est aussi culturel : « Longtemps considérée comme un acte individuel, la vaccination est désormais perçue comme un geste altruiste : pour soi, ses proches, les plus fragiles, pour faire société. »
Se faire vacciner est désormais perçu comme un geste altruiste
Pr Yves Gillet, urgentiste pédiatrique aux HCL
L’évaluation menée par le Pr Philippe Vanhems, épidémiologiste aux HCL, confirme des avancées : « Les résultats montrent une amélioration significative de la couverture vaccinale contre la grippe à Lyon dès 2020, couverture qui demeure plus élevée que dans le reste de la région. » De plus, « les niveaux de progression de la vaccination HPV se maintiennent à une bonne hauteur, comparable au reste de la région ». Mais les limites restent importantes, en raison notamment de l’absence de bases de données consolidées, de l’hétérogénéité des pratiques et des ressources financières limitées du collectif.
Pour les prochaines années, Immuniser Lyon va se focaliser sur l’augmentation des couvertures vaccinales des plus de 65 ans et sur la préparation d’actions auprès des adolescents et des quartiers prioritaires, avec un objectif de réduction des inégalités de santé.
Ce bilan est aussi l’occasion de relayer un message que le Pr Gaëtan Gavazzi, gériatre, considère comme majeur : « Entre 25 et 40 % des plus de 75 ans deviennent dépendants dans les trois mois qui suivent une infection respiratoire sévère. La vaccination est un levier majeur pour éviter cette bascule. » En d’autres termes, la vaccination ne protège pas seulement des infections : elle prévient les formes graves, la perte d’autonomie et l’épuisement des aidants.
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