Le Dr Fanny Jacq, psychiatre libérale installée à Paris, travaille depuis plus de deux ans et demi au lancement de la plateforme Doctoconsult. Voici déjà un an qu'une version est à l'épreuve, dans les mains d'un comité scientifique de cinq médecins (Christophe André, François Pinabel, Yasmine Lienard, Jean-Christophe Seznec).
« Doctoconsult permet de mener des consultations en face-à-face, comme ce qu'on fait en cabinet, de voir des patients éloignés, expatriés, ou qui peinent à se mouvoir, de faire une consultation supplémentaire en urgence, dans des plages horaires plus étendues » détaille le Dr Jacq. Spécialisée dans les troubles anxieux pendant la grossesse, la psychiatre suit ainsi une patiente partie à Hong Kong. Les ordonnances sont envoyées par mail. Ou par courrier, lorsqu'elles sont sécurisées.
Sevrages, troubles du sommeil, troubles dépressifs, anxieux, phobiques, les indications sont vastes, en particulier pour les thérapies cognitivo-comportementales, assure la psychiatre. Il existe cependant des réserves, pour les patients désireux d'une psychanalyse, les psychotiques en phase aiguë, ou en les personnes présentant des pathologies somatiques lourdes associées.
Pour un premier avis chez les enfants
Pour les enfants, « cela sera peut-être davantage du premier avis que du suivi », suppute le Dr Jacq. « La visioconsultation permet de délivrer un avis en une semaine, et de débroussailler une situation, quand les délais pour un premier rendez-vous en pédopsychiatrie se comptent parfois en mois », argumente-t-elle. Elle voit encore plus loin. Elle-même exerce des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sur des phobies scolaires : « à partir de 8-9 ans, les enfants sont aptes » estime-t-elle. Et sous l'impulsion du Dr Pinabel, investi dans le réseau autisme-France, pourrait se mettre en place des services pour les enfants avec troubles du spectre autistique, à l'aide de psychomotriciens, orthophonistes, psychologues.
C'est une alternative entre tout et rien : « Ça ne remplace pas tout à fait une consultation en face-à-face, mais c'est une solution intermédiaire, qui permet quelque chose plutôt que rien, et peut-être une alternative pour désengorger les urgences, les centres médico-psychologiques (CMP) et les centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) ».
10 à 15 % des honoraires prélevés par le site
Une cinquantaine de médecins, psychiatres, pédopsychiatres, addictologues et nutritionnistes répondront présents au lancement de l'application ; ils seront sûrement 200 à la fin de l'année, estime le Dr Jacq au vu des demandes d'inscriptions en cours. « Certains médecins n'ont pas besoin d'une nouvelle patientèle, ils sont installés depuis 10 ou 15 ans, mais ils aspirent à davantage de souplesse dans leur pratique, ou souhaitent revoir leurs patients plus régulièrement », explique le Dr Jacq. Autres profils intéressés par le service : des jeunes installés, des hospitaliers à mi-temps, désireux de faire du libéral sans les contraintes du cabinet, ou encore des médecins de 60-65 ans, qui souhaitent lever le pied sans perdre contact avec leurs patients.
Les médecins choisissent le montant de leurs honoraires, secteur 1, 2 ou non conventionné, et après cinq consultations « offertes », sont prélevés par le site à hauteur de 10 % (pour les secteurs I ou les jeunes) ou 15 % de leurs honoraires.
Côté autorisations, la plateforme a reçu de l'agence régionale de santé (ARS) d'Île-de-France l'agrément télémédecine et une validation du Conseil national de l'Ordre des médecins. Pour le remboursement, accord a été passé entre l'ARS et la CPAM pour que les actes soient pris en charge comme au cabinet, si bien que le patient recevra une feuille de soins qu'il renverra à l'assurance-maladie.
Dr Joëlle Belaïsch-Allart : « S’il faut respecter le non-désir d’enfant, le renoncement à la parentalité doit interpeller »
Visite médicale d’aptitude à la conduite : le permis à vie de nouveau sur la sellette
Le dispositif Mon soutien psy peine à convaincre, la Cnam relance l’offensive com’
Ouverture du procès d’un ancien psychiatre de l’AP-HM jugé pour viols et agressions sexuelles sur quatre patientes