Il y a quelques jours, un quotidien national (1) présentait « l’innovation » ou plutôt la réflexion de l’année. Les pharmaciens vont pouvoir se lancer dans le dépistage des mélanomes malins (avec la bénédiction d’un syndicat de dermatologue : le SNDV).
Dans cet article le journaliste soulignait la problématique économique de cette profession malmenée par différentes politiques gouvernementales qui rognent inexorablement leur marge bénéficiaire.
Pour éviter trop de fermetures d’officines, un groupement (Pharma Best) propose le service du dépistage du mélanome malin aux clients. Ainsi, pour 28 € (non remboursé par nos organismes sociaux), nos chers patients pourront shunter les consultations des médecins traitants ou des dermatologues, et bénéficieront d’une photo qui sera interprétée par un confrère (de bonne grâce) grâce à la télémédecine.
Utiliser la télémédecine dans n’importe quelles conditions paraît quelle peu hasardeux, et risque d’engendrer des plaintes tant au niveau ordinal qu’au niveau pénal. En effet, dépister un mélanome malin sur la peau reste une démarche de professionnel ; pas seulement pour des raisons de fierté mal placée mais surtout du fait de la difficulté d’effectuer un dépistage correct.
Dans l’article, il est clairement dit que le dermatologue pourra voir sur la photo « en fonction de la taille, de la couleur… la réalité ou non d’un mélanome ». Il faut savoir que les professionnels de santé utilisent les critères ABCDE pour évaluer le caractère bénin ou non d’un nævus. Le E (évolution) reste l’élément prépondérant dans cette recherche. Or il apparaît difficile d’évaluer cet item sans interroger le patient.
D’autre part, la télémédecine est un outil à double tranchant. Il est difficile avec cet outil d’avoir une idée en 3D de la lésion dermatologique, et il est parfois très utile d’avoir un coup d’œil dessus. En effet, il est facile de confondre une kératose séborrhéique (râpeuse et morcelable au toucher) avec un mélanome malin…
En ce qui concerne le dépistage d’un mélanome malin un outil est indispensable dans la poche d’un homme de l’art : le dermatoscope. Grâce au dermatoscope il est possible pour le dermatologue, en cas de litige ou d’indécision, de faire la part des choses. Comment avec une photo est-il possible d’avoir cette expertise ?
Bref, tout cela pour dire que ce n’est pas en déléguant les tâches du fait d’une pénurie de professionnels de santé (généralistes et dermatologues) que nous arriverons à mieux prendre en charge les patients !
« Ce n’est pas la profession qui honore l’homme, mais l’homme qui honore la profession », Louis Pasteur.
Vous souhaitez vous aussi commenter l'actualité de votre profession dans le « Quotidien du Médecin » ? Adressez vos contributions à jean.paillard@lequotidiendumedecin.fr .
(1) Rosenweg D. Après la vaccination, des pharmacies vont proposer l’examen des grains de beauté. http://www.leparisien.fr/societe/sante/apres-la-vaccination-des-pharmac….
Dr Joëlle Belaïsch-Allart : « S’il faut respecter le non-désir d’enfant, le renoncement à la parentalité doit interpeller »
Visite médicale d’aptitude à la conduite : le permis à vie de nouveau sur la sellette
Le dispositif Mon soutien psy peine à convaincre, la Cnam relance l’offensive com’
Ouverture du procès d’un ancien psychiatre de l’AP-HM jugé pour viols et agressions sexuelles sur quatre patientes