« Aujourd’hui, beaucoup de médecins hospitaliers ne connaissent pas la réalité de la médecine de ville et ne lui font pas confiance. Résultat, l’hôpital se met très souvent en dehors du parcours de soins coordonné, en ne reconnaissant pas au généraliste son rôle de médecin traitant et de coordonnateur des soins », estime le Dr Claude Leicher, le président du syndicat MG France.
Pour illustrer son propos, il prend l’exemple des patients atteints de cancer. « C’est très souvent, au départ, le généraliste qui fait le diagnostic. Ensuite, il adresse le patient vers l’hôpital ou vers une clinique pour qu’il soit pris en charge. Ensuite, une fois les traitements achevés, certains établissements jouent le jeu en confiant au médecin traitant la responsabilité d’assurer le suivi du patient, en s’appuyant sur un protocole qui aura été élaboré en commun. Chacun, alors, est dans son rôle. Le médecin traitant assume sa mission d’organisation des soins en n’hésitant pas, si cela est nécessaire, à renvoyer le patient vers l’hôpital qui joue son rôle d’expertise », détaille le Dr Leicher.
Mais bien souvent, selon le patron de MG France, l’hôpital met en place son propre parcours de soins en laissant de côté le médecin traitant. « Le service hospitalier va alors, de lui-même, re-convoquer le patient pour des consultations régulières, ce qui contribue à délégitimer le généraliste aux yeux de ce patient, souligne le Dr Leicher. Cela n’est pas acceptable car ces médecins hospitaliers sortent de leur rôle de consultants pour faire des actes qui ne relèvent pas réellement de leur domaine de compétence. »
Pour le Dr Leicher, le problème se pose souvent de la même manière avec les services de diabétologie. « Une fois que le patient est arrivé chez eux, ils ont tendance à organiser leur propre parcours en envoyant par exemple l’infirmière d’endocrinologie s’occuper du patient à domicile. Sans s’occuper nullement du parcours que le médecin traitant a pu lui-même organiser avec une autre infirmière de ville », souligne le président de MG France.
L’organisation des soins primaires en question
Professeur de diabétologie au CHU de Grenoble, ancien chef de service, Serge Halimi ne rejette pas en bloc les critiques du Dr Leicher. « Il est possible que certains diabétologues libéraux ou hospitaliers aient tendance à revoir un peu trop souvent les patients. Mais c’est quand même loin d’être le cas de beaucoup de services hospitaliers qui ont tellement de patients à voir qu’ils ne se précipitent pas pour les re-convoquer », explique le Pr Halimi, en ajoutant que, parfois, c’est le patient qui souhaite continuer à être suivi par le spécialiste. « On sait que nos collègues généralistes, qui sont très occupés, n’ont peut-être pas toujours le temps nécessaire pour assurer des consultations longues mais néanmoins nécessaires pour ces patients souvent complexes. Et parfois, ce sont les patients qui demandent à revoir le spécialiste pour bénéficier de ces consultations longues où l’on prend le temps d’expliquer le traitement et les objectifs thérapeutiques partagés », ajoute-il.
Selon lui, il faudrait que la médecine de soins primaires s’organise d’une autre manière. « Une solution viendra peut-être des maisons de santé avec un exercice pluridisciplinaire encore plus développé entre les généralistes et les paramédicaux. Ce qui pourrait offrir un cadre plus adapté pour ces consultations longues », indique le Pr Halimi, qui cite aussi le cas des Pays-Bas. « Là-bas, il y a très peu de spécialistes du diabète et ce sont les généralistes qui assurent une très grande partie de la prise en charge. Mais les soins primaires y sont organisés de manière assez différente. »
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