Réforme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et accès mondial aux doses de vaccins contre le Covid sont au menu de la 74e Assemblée mondiale de la santé (du 24 mai au 1er juin), « l'une des plus importantes de l'histoire de l'OMS », selon son directeur général, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, alors qu’un rapport d’évaluation, remis le 12 mai par un panel d’experts indépendants, a jugé sévèrement les défaillances de l’organisation pendant la pandémie.
Ce Panel appelait à une réforme profonde du système international de prévention et de réponse aux pandémies, passant par une révision du Règlement sanitaire international, un renforcement de l’indépendance et de l’autorité de l’OMS, ainsi que de ses capacités d’enquête. À l’ouverture des débats, certains chefs d’État et de gouvernement, parmi les 194 pays membres de l'OMS, ont repris certaines des recommandations du Panel.
Pour une OMS, « boussole de notre santé globale »
La chancelière allemande, Angela Merkel, a estimé que « la priorité doit être de permettre au monde de répondre aux menaces pandémiques le plus rapidement possible », appuyant la proposition d’un conseil mondial des menaces sanitaires afin d'améliorer la prévention et la riposte. Emmanuel Macron a réclamé une OMS, « boussole de notre santé globale », « robuste en temps de crise, suffisamment agile pour réagir en urgence, solide face aux polémiques, totalement transparente pour inspirer la confiance, avec une gouvernance claire et transparente pour ne subir aucune pression diplomatique ».
Le président de la République a ainsi apporté son soutien à une réforme du financement de l’organisation pour qu’il soit « plus durable, plus prévisible, moins dépendant de quelques donateurs », alors que seulement 16 % de son budget provient des cotisations obligatoires des États. Il s’est également montré favorable à l’idée de doter l’OMS d’une compétence d’enquête en cas d’émergence d’un pathogène à potentiel pandémique.
Une Académie mondiale de la santé à Lyon en 2023
En réponse au contexte de désinformation, le chef de l’État a par ailleurs rappelé la nécessité « dans le combat contre la pandémie », d’un « accès aux données scientifiques, à une information fiable ». Il a ainsi annoncé l’ouverture à Lyon en 2023 d’une Académie mondiale de la santé. Initié en juin 2019, le projet, dans lequel la France s’est engagée à investir plus de 120 millions d’euros, est destiné à « former aux enjeux sanitaires globaux les responsables publics, les dirigeants d’entreprises et les forces vives de la société civile mondiale ».
L’OMS a de son côté annoncé la signature d’un accord avec la Suisse pour l’utilisation d’un laboratoire de haute sécurité du pays, à Spiez, pour la conservation des agents pathogènes susceptibles de provoquer des pandémies, dont le virus à l'origine du Covid-19. Sous le nom de « BioHub », le dispositif doit favoriser le « partage rapide des agents pathogènes pour aider la communauté scientifique mondiale à évaluer le risque et à développer des diagnostics, des thérapies et des vaccins », a commenté le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans un communiqué.
75 % des doses de vaccins dans 10 pays
L’accès mondial aux vaccins a également occupé une partie des allocutions d’ouverture. Jugeant l’inégalité vaccinale « scandaleuse » et déplorant qu’un « petit groupe de pays » accapare les vaccins, le patron de l’OMS a demandé qu'au moins 10 % de la population de chaque pays soit vaccinée d'ici septembre et au moins 30 % avant la fin de l'année. « Plus de 75 % de tous les vaccins ont été administrés dans seulement 10 pays », a-t-il regretté.
Plusieurs dirigeants d’Amérique latine et des Caraïbes* ont aussi lancé un appel « ardent » au partage équitable des doses de vaccins. Les « pays qui disposent d'un surplus de doses ou qui ont déjà vacciné leur population à risque » sont ainsi invités à distribuer leurs excédents « équitablement et de manière immédiate », est-il affirmé dans un communiqué conjoint, qui souligne qu’« au total, les pays aux faibles revenus n'ont reçu que 0,3 % des doses mondiales ».
Le Panel indépendant d’experts avait également appelé au partage des doses de vaccins. « Les pays riches ont acheté 4,3 milliards de doses de vaccins, soit suffisamment pour couvrir les besoins de leur population de 1,16 milliard d’habitants. Ces États doivent céder leur surplus de 2 milliards de doses aux pays à ressources limitées : un milliard de doses d’ici à septembre 2021 et deux milliards d’ici à mi 2022 », estimait ainsi dans nos colonnes le Pr Michel Kazatchkine, membre du Panel et ancien directeur du Fonds mondial de lutte contre le sida.
Un projet de résolution sans les vaccins
Le Panel réclamait aussi une négociation, sous l’égide de l’OMS et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), entre les pays producteurs et les laboratoires sur un accord volontaire en vue d’accroître les capacités de production dans toutes les régions du monde. « Si ces accords ne se font pas dans les trois mois, le Panel demande à l’OMC d’imposer une levée de la propriété intellectuelle », avertissait le Pr Kazatchkine. Le chef de l'ONU, Antonio Guterres, a lui appelé le G20 à installer un groupe de travail avec les acteurs clés sur les vaccins.
Malgré les appels à une levée des brevets sur les vaccins, la question ne semble pas être contenue dans le projet de résolution, qui pourrait conclure la rencontre internationale. Selon l’AFP, la déclaration pourrait porter sur la création d'un groupe de travail chargé d'étudier l'ensemble des propositions des experts, avant de faire des recommandations pour la prochaine assemblée, mais aussi sur le lancement d'un projet pilote de mécanisme d'évaluation du niveau de préparation aux pandémies de chaque État par ses pairs, comme au Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Le lancement de négociations sur un traité sur les pandémies serait également sur la table.
* Argentine, Bolivie, Costa Rica, Équateur, Jamaïque, Mexique et Uruguay
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