C'est une Assemblée mondiale de la santé placée sous le signe de la guerre qui s'est ouverte ce 22 mai à Genève, et qui rassemble pendant une semaine les 194 pays membres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
« Là où va la guerre, la faim et la maladie suivent de près », a mis en garde le patron de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans un discours d'ouverture de l'Assemblée mondiale de la santé plein d'émotion et de souvenirs. « La paix est indispensable à la santé », a-t-il martelé, lui-même étant « un enfant de la guerre » en Éthiopie.
Résolution condamnant la Russie
Dès ce dimanche 22 mai, le président français Emmanuel Macron a appelé les membres de l'OMS à adopter le 24 mai une résolution initiée par l'Ukraine, qui dénonce les attaques perpétrées par Moscou sur le système de santé mais aussi les gravissimes conséquences de l'invasion sur l'alimentation dans de nombreux pays, dépendants du grenier à céréales ukrainien et des engrais russes. « Nous condamnons avec la plus grande fermeté l’agression militaire commise par la Russie, avec la complicité coupable de la Biélorussie », a lancé Emmanuel Macron dans un message vidéo à l'ouverture de l'Assemblée. « Les conséquences de cette guerre sont dévastatrices, sur le plan sanitaire, sur les populations, sur les établissements et sur les personnels de santé, qui sont pris pour cible », a-t-il dénoncé.
Si le texte, déjà soutenu par l'UE et les États-Unis, condamne fermement la Russie, il ne prévoit « en aucun cas son expulsion », faisait valoir un diplomate occidental.
Un financement à revoir
Cette guerre « ne nous fait pas oublier que de nombreuses autres urgences, sur le reste de la planète, doivent continuer de nous mobiliser. La pandémie au premier chef », a néanmoins indiqué le président français. « La pandémie est loin d'être derrière nous : alors que nous continuons à nous battre contre le Covid, nous devons restaurer les services de santé essentiels », a enchéri Tedros, rappelant que 90 % des pays membres font état de défaillances. Le renforcement de l'architecture mondiale pour la sécurité et la santé sera donc au cœur de cette Assemblée mondiale, la première en présentiel depuis le début de la crise du Covid-19.
Les membres devraient discuter de la possibilité de revoir le financement de l'OMS. L'organisation ne dispose que d'un budget biennal autour de 6 milliards de dollars ; les cotisations obligatoires des membres ne comptent que pour 16 % du total des contributions en 2020-2021. Le reste du financement repose sur des contributions volontaires, difficiles à planifier et à obtenir, et souvent fléchées sur des objectifs précis.
L'idée est de porter progressivement à 50 % la part des cotisations obligatoires, sur une période d'une dizaine d'années pour permettre à l'OMS de mieux jouer son rôle tout en se réformant en contrepartie. « Il n'y a pas de meilleur investissement que la santé », a assuré le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.
Toilettage du Règlement sanitaire international
L'Assemblée se penchera aussi sur le toilettage du Règlement sanitaire international (RSI), pour permettre de répondre plus efficacement et plus rapidement aux urgences sanitaires. Dans la même veine, l'Assemblée devrait décider de la création d'une commission permanente des urgences issue du Conseil exécutif de l'OMS et activable en 24 heures en cas d'urgence sanitaire de portée internationale - le plus haut niveau d'alerte de l'OMS.
En parallèle, a été lancé le chantier d'un nouvel accord international sur la santé mondiale, qui, pour ses partisans, devra être contraignant, et pourrait venir compléter le RSI. En décembre, un groupe intergouvernemental de négociation a été créé pour y travailler. En sont sorties dix recommandations, en matière de gouvernance, de veille sanitaire et de financement.
Tedros Adhanom Ghebreyesus, sans rival, devrait être reconduit sans surprise à la tête de l'OMS, malgré les accrocs qui ont marqué son premier mandat, comme son attitude jugée trop conciliante envers la Chine en début du Covid-19 et une réaction trop lente sur le scandale d'exploitation sexuelle de certains employés.
La France, qui a présenté sa candidature avec l'Allemagne, « lui accorde sa confiance pour qu’il poursuive la transformation de l’OMS dans les prochaines années », a rappelé le président Macron.
Enfin, Taïwan devrait rester aux portes de l'Assemblée mondiale de la santé. Malgré le plaidoyer de plusieurs pays, dont les États-Unis, les membres ont refusé de mettre à l'ordre du jour l'obtention d'un statut d'observateur permanent (ce qu'elle fut temporairement entre 2016 et 2019) pour cette île considérée par Pékin, comme une partie intégrante de son territoire.
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