L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) appelle à mettre au point des vaccins maternels contre les streptocoques du groupe B (SGB), dont la responsabilité en termes de prématurité, de handicap et de décès de nourrissons dans le monde serait bien plus importante qu'on ne le pense.
Un rapport de l'OMS, dévoilé ce 3 novembre - en ouverture d'une conférence mondiale sur le sujet co-organisée avec la London School of Hygiene & Tropical Medicine (LSHTM) -, tente de quantifier le fardeau que représentent les SGB. La bactérie, sans danger pour la plupart des femmes enceintes qui en sont porteuses (soit 15 % des parturientes, 20 millions de femmes dans le monde), se révèle d'une particulière gravité dès lors qu'elle se transmet au bébé in utero ou lors de l'accouchement, en provoquant septicémies et méningites. Elle serait à l'origine d'environ 150 000 décès de nourrissons chaque année (100 000 décès de nouveau-nés et au moins 46 000 mortinaissances), de plus d’un demi-million de naissances prématurées ainsi que de handicaps importants et de longue durée, tels des troubles neurologiques (paralysie cérébrale, déficience auditive, perte de vision).
Autant de chiffres qui pourraient être sous-estimés, eu égard aux lacunes relevées par les chercheurs dans les données (par exemple, l'insuffisante analyse des causes infectieuses des mortinaissances dans différents pays).
Des limites à la prophylaxie antibiotique
« La vaccination maternelle permettrait de sauver la vie de centaines de milliers de nourrissons dans les années à venir. Toutefois, 30 ans après la première proposition, le monde n’a toujours pas produit de vaccin. Le moment est venu d’agir pour protéger les citoyens les plus vulnérables du monde grâce à la mise au point d’un vaccin contre les SGB », alerte la Pr Joy Lawn, directrice du Centre Maternal Adolescent Reproductive & Child Health (MARCH) de la LSHTM, qui a participé au rapport.
À défaut de vaccins (plusieurs sont en développement depuis plusieurs décennies), une prophylaxie antibiotique (pénicilline, amoxicilline, ou macrolide, si allergie) peut être administrée à une femme pendant le travail, en intraveineuse. « Mais il est peu probable que cette intervention permette de prévenir la plupart des mortinaissances, des naissances prématurées ou des maladies dues aux streptocoques du groupe B qui surviennent plus tard après la naissance », relativise l'OMS. Sans oublier que les taux les plus élevés d'infection maternelle à SGB se trouvent en Afrique subsaharienne (représentant environ la moitié de la charge mondiale) ainsi qu’en Asie de l’Est et du Sud-Est, où le dépistage et l’administration d’antibiotiques pendant l’accouchement sont parfois difficiles à réaliser.
Selon les estimations de la LSHTM, une couverture vaccinale de plus de 70 % des femmes enceintes permettrait d'éviter chaque année plus de 50 000 décès liés aux SGB, et plus de 170 000 naissances prématurées. Avec une économie de 17 milliards de dollars (14,6 milliards d'euros) sur plusieurs années, si le prix des vaccins est abordable.
« L’OMS se joint à ses partenaires pour appeler à la mise au point urgente d’un vaccin maternel contre les SGB, lequel présenterait des avantages considérables dans les pays du monde entier », conclut le Dr Philipp Lambach, médecin au sein du département Vaccination, vaccins et produits biologiques de l'instance internationale.
En France, où les femmes enceintes sont systématiquement dépistées, environ 500 cas d’infections néonatales invasives associés au streptocoque B sont dénombrés chaque année, provoquant entre 30 et 60 décès, selon l'Institut Pasteur.
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