Comment avez-vous organisé votre cabinet pour faire face à l'épidémie de coronavirus ?
Depuis l’annonce du Premier ministre, samedi soir, d'interdire les rassemblements de plus de 100 personnes, nous avons contacté la municipalité. Elle a été très réactive pour nous aider à mettre en place une filière infectieuse et éviter que les gens ne soient pas tous confinés dans la salle d’attente. La mairie nous a mis à disposition une salle communale qui est attenante au cabinet et qui en temps normal sert de salle de rencontres. Elle est immense, ce qui nous permet de mettre quinze chaises et surtout plus de cinq mètres entre chaque patient. La municipalité nous a également aidés pour mettre en place une nouvelle signalétique, imprimer des affiches. Nous avons mis en place en urgence la téléconsultation pour les patients fragiles et pour la réévaluation à J +7 des cas de Covid-19. Nous n’avions pas de webcams sur nos ordinateurs et les sites marchands étaient fermés donc nous avons demandés au conseil municipal qui nous a trouvé trois webcams.
Concrètement comment se déroulent les consultations ?
La salle commune sert pour les patients infectieux. Nous leur demandons de se laver les mains avec des SHA et de mettre un masque sur le visage. Ils nous attendent et ce sont les médecins qui vont les chercher à l’extérieur, ouvrent toutes les portes, les amènent dans le cabinet pour qu’il n’y ait pas de contacts trop long dans une salle confinée. Nous avons la chance d’avoir des masques chirurgicaux car nous avions anticipé. Nous nous sommes aussi mis en lien avec la pharmacie, les paramédicaux du secteur qui ont été obligés de fermer et sont venus nous donner leurs stocks. Nous avons également eu des dons de patient. Des restaurateurs qui avaient fait des stocks de 200 masques chirurgicaux car ils pensaient travailler avec. Un vrai réseau de solidarité est en train de se mettre en place.
Quelles sont les consultations que vous faites désormais à distance ?
En ce moment par exemple il y a le pic des allergies qui arrivent avec des patients que nous n’avons pas vus depuis un an. Cela permet de faire le point sur les allergies, le risque d’asthme, la prescription de Ventoline. Il y a aussi le suivi pour le moral, pour les troubles anxieux, pour les dépressions. Ces gens-là ont plus que jamais besoin de nous parce qu’ils se retrouvent seul. Ils n’auront probablement pas le Covid, mais il ne faut pas qu’ils décompensent.
Et quels sont les patients, hors Covid-19, que vous continuez de recevoir au cabinet ?
Il y a le suivi des nourrissons qu’on met en premier rendez-vous juste après le passage du personnel qui fait le ménage. Les suivis de grossesse également ou de certaines plaies. On tente de reporter tout ce qui doit être reporté. Et pour le reste, nous ne savons pas encore car la situation actuelle est celle de la mer qui se retire avant le tsunami. Nous avons vu très peu de patients ces derniers jours, nous sommes surtout submergés en termes d’organisation.
C’est plutôt calme pour vous pour le moment ?
Nous sommes en lien avec les spécialistes, nous savons qu’à hôpital c’est très compliqué. Il y a des cas graves en réanimation, la réa médicale d’un hôpital est pleine donc ils ouvrent la réa chirurgicale pour la transformer. Ça commence à être tendu et nous nous préparons à ce qu’il y en ait de plus en plus en ambulatoire. C’est un peu le calme avant la tempête et c’est pour cela que nous nous sommes dit qu’il fallait s’organiser dès maintenant.
Vous avez aussi aidé à la réorganisation des commerces dans le village ?
Nous mettons en place des trucs incroyables au cabinet. Parmi nos voisins, nous avons un bureau de tabac, une boulangerie et un Casino. On y voyait des gens se faire la conversation dans les rayons, les uns sur les autres et ça n’avait pas de sens. Les commerçants étaient dépassés et c’est normal. Je suis donc allé donner des conseils : dans le Casino pas plus de quatre clients et on met des croix sur le sol. Dans la boulangerie ou le bar tabac, c’est deux clients et si la file à l’extérieur n’est pas bien disciplinée, nous leur avons donné pour conseils de mettre des ronds à la craie sur le sol pour pas que les files s’entrechoquent. La boulangère a fermé à 11 heures le premier jour alors qu’elle avait fait le double de pains que d’habitude. Il est normal qu’elle n’arrive pas spontanément à faire en sorte que tout soit géré. Le principal est de s’entraider.
La période permet de mettre en place des solidarités ?
Ce qui est bien également c’est que nous sommes en train de récréer tout un réseau avec les spécialistes. Il y a des cabinets de radiologie, d’angiologie, de dermatologie etc qui ont fermé mais il y a malgré tout des consultations d’urgence. Nous recontactons le réseau habituel pour avoir des numéros de portable de professionnels et savoir à qui s’adresser pour une suspicion de phlébite, un besoin de chirurgie de l’abdomen etc. Nous recréons une filière et ça fait plaisir de voir que l’ensemble de professionnels de médecine se met en lien. Nous sommes aussi submergés d’informations et nous n’arrivons pas forcément toutes à les traiter. Je suis dans un groupe de pairs et cela nous permet d’échanger sur les recommandations, sur les laboratoires qui font les tests en ville, sur le protocole pour accéder aux tests pour les Covid etc.
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