Après les cyclones Maria et Irma

Le CHRU de Lille en renfort à Saint-Martin pour repérer les troubles post-traumatiques

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Publié le 02/07/2018
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Crédit photo : AFP

Les besoins sont criants à Saint-Martin. Lorsque les vents soufflaient entre 300 km/h, que les toits des maisons s'envolaient, quasiment 100 % des habitants ont été confrontés à l'immédiateté de leur propre mort, source de trauma psychique, explique le Dr François Ducrocq, psychiatre et spécialiste de l'urgence médico-psychologique au CHRU de Lille.

Une fois le cyclone parti, ce traumatisme n'appartient pas forcément au passé. « Entre 10 et 15 % de la population impactée est susceptible de développer des troubles post traumatiques, ajoute-t-il, et on évalue entre trois et quatre mille le nombre de personnes en situation de handicap psychique qui doivent bénéficier de soins. » Le psychotrauma, dont les manifestations peuvent aussi être somatiques, ajoute le Pr Louis Jehel, psychiatre au CHU de Fort de France, constitue aujourd'hui « un élément important de la santé sur le territoire ».

Plus aucun médecin titulaire en psychiatrie

Un territoire où, selon lui, le nombre de généralistes est passé de 22 à 12 depuis le passage des cyclones et où le service de psychiatrie de l'hôpital ne compte actuellement plus aucun médecin titulaire. Mais les effets à distance de l'expérience traumatique sont apparus chez nombre d'habitants. Typiquement, des « flashbacks » surviennent plusieurs mois après les événements. Des pathologies dépressives, des troubles anxieux, des consommations problématiques produits psychoactifs voire des idées suicidaires peuvent apparaître, décrit le psychiatre. Grâce au financement (30 000 euros) de la Fondation de Lille, qui a reçu l'aide de plusieurs collectivités locales, le programme Karib trauma, proposé par SOS Kriz et porté par le Dr Ducrocq, a vu le jour à Saint Martin depuis février. Il vise à favoriser le dépistage des troubles post traumatiques, leur prise en charge et à développer un programme de recherche sur le sujet.

Une cinquantaine de professionnels formés

« Il y a une demande forte d'amélioration des connaissances » de la part des professionnels de santé souligne Louis Jehel. Une équipe de psychiatres du CHRU de Lille a formé durant deux jours en février, les professionnels de santé de l'île à l'approche du psychotrauma et animé une conférence pour les habitants. Ils sont revenus sur place deux autres fois en avril et en mai, explique le Dr Ducrocq. Au total, « une cinquantaine de professionnels de Saint Martin ont été formés, note le Pr Jehel, c'est énorme. » La formation a porté sur l'identification chez les patients de l'impact des événements traumatiques vécus, le repérage des troubles dissociatifs et des conduites à risques potentiellement liées au traumatisme. Pour favoriser le repérage des personnes nécessitant une aide et les inciter à consulter, l'association SOS Kriz a formé un réseau de préventeurs bénévoles qui vont au-devant de la population, et elle a mis en place une plateforme téléphonique, deux passerelles entre la population et un système de soin qui manque de moyens. « Les médecins généralistes sont épuisés, souligne Louis Jehel. Certains voient jusqu'à 100 patients par jours… Cela laisse peu de temps pour échanger. »

De notre correspondante  Géraldine Langlois

Source : Le Quotidien du médecin: 9678