Observance, contrôle de l’asthme... des décalages de perception entre patients et médecins

Publié le 17/04/2015
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Crédit photo : SEBASTIEN TOUBON

Une enquête sur l’asthme - menée par Asthme & Allergies et l’institut Ipsos - avec le soutien de Boehringer Ingelheim France et Pfizer France, met en exergue la difficile prise en charge des patients, malgré un arsenal thérapeutique plutôt satisfaisant.

Interrogés récemment dans le cadre du programme AsQ*, médecins généralistes et pneumologues évoquent, dans l’ensemble, une qualité de prise en charge « relativement moyenne » des patients asthmatiques. Et cela, même si l’asthme se soigne « plutôt très bien », selon 75 % d’entre eux. L’arsenal thérapeutique existant étant la dimension évaluée le plus positivement par les professionnels de santé.

Le caractère paroxystique de la maladie explique qu’une grande partie des patients focalisent leur attention sur la crise : 66 % affirment faire attention, au quotidien, pour ne pas la déclencher et 36 % ont peur d’être seuls en cas de crise. Cette appréhension est bien connue des professionnels de santé.

En revanche, le contrôle de l’asthme et son impact sur la qualité de vie sont perçus de façon tout à fait différente : si 87 % des asthmatiques ont le sentiment de bien maîtriser leur asthme, 64 % des professionnels de santé pensent que leurs patients maîtrisent et seulement 1 %, qu’ils le maîtrisent « tout à fait ». De même, 64 % des asthmatiques estiment spontanément qu’ils contrôlent leur asthme. Or, d’après les professionnels de santé, seuls 18 % le contrôlent.

Améliorer l’observance

Malgré leur sentiment de contrôle et de maîtrise de l’asthme, 75 % des patients confient être gênés par cette maladie, au quotidien. L’observance reste une problématique centrale : 64 % des professionnels de santé estiment que la plupart de leurs patients prennent leur traitement tous les jours. Pourtant, seuls 47 % des patients le déclarent. « La focalisation sur la crise tend à brouiller le problème de la chronicité de l’asthme. La première explication à cette mauvaise observance tient au mode évolutif de l’asthme. Il s’agit d’une pathologie versatile, plus facile à traiter au coup par coup que sur le fond, puisque la gêne ressentie est fluctuante. Il faut également informer sur l’intérêt du traitement bien pris, disposer de traitements simples à prendre et bien tolérés. L’observance est meilleure quand il y a peu de prises de médicaments inhalés dans la même journée », rappelle le Dr Gilles Jébrak, pneumologie, hôpital Bichat (Paris).

Si l’information sur l’asthme gagnerait à être améliorée, la personnalisation du rapport au patient sera également un élément à prendre en compte, à l’avenir, dans l’approche thérapeutique. « En effet, il n’y a pas un asthme, mais des patients asthmatiques aux vécus, exigences et comportements différents face à la maladie », précise Christine Rolland, directrice de l’association Asthme & Allergies. Les résultats de l’enquête du programme AsQ font l’objet de réunions rassemblant professionnels de santé et associations de patients, dans plusieurs régions de France, dès le mois d’avril, pour réfléchir aux moyens d’améliorer la prise en charge de l’asthme.

* Analyse comportant une ethnographie du web (juin 2013 à septembre 2014) et une enquête quantitative sur le vécu des patients asthmatiques réalisée en regards croisés (octobre à février 2014) auprès de 506 patients et de 257 professionnels de santé (105 médecins généralistes, 50 pneumologues, 102 pharmaciens).
Hélia Hakimi-Prévot

Source : lequotidiendumedecin.fr