LE QUOTIDIEN : Quels sont les missions et les moyens de la CUMP 971 ?
PATRICK RACON : La CUMP 971 de Guadeloupe, Saint Martin, Saint Barthélemy existe depuis plus de 20 ans. Cette structure rattachée au SAMU est déclenchée en cas d’événement à fort retentissement émotionnel et/ou impliquant un grand nombre de victimes : cyclone (Irma à Saint Martin en 2017, par exemple), ouragan, tremblement de terre, accident d’avion (Venezuela 2005) ou de personnes… Elle interagit avec la coordination des soins somatiques (Centre 15).
La CUMP se déplace, elle est zonale et peut aller renforcer d’autres CUMP (Martinique, Guyane…). Cette structure est actuellement sous-dotée en ressources humaines, notamment par rapport aux autres structures hexagonales. Elle ne bénéficie que de moins de deux ETP hospitaliers dont 50 % pour un psychologue coordinateur et 50 % pour un psychologue. Le renfort par des bénévoles et volontaires locaux permet de mener à bien les missions pour un territoire très large. Pour la 4e vague de la pandémie, nous avons reçu des aides de CUMP de métropole volontaires pour nous aider à la gestion des familles endeuillées dans un contexte de deuils compliqués (multiples ou jeunes personnes), d’angoisse généralisée (avec apparition de troubles paniques) et de troubles post-somatiques en cours d’installation. Tous ces patients vont nécessiter un travail considérable d’accompagnement.
Quels dispositifs ont été proposés aux soignants ?
La CUMP a mis en place deux structures locales d’accueil au sein des centres hospitaliers (Grande terre et Basse terre) qui peuvent être sollicitées pour des téléconsultations ou des consultations en présentiel. Ce qui consomme le plus de ressources humaines, ce sont les maraudes : nous allons à la rencontre des soignants – y compris de ceux qui travaillent de nuit – pour proposer des « déchoquages émotionnels » individuels et collectifs sur place face à la détresse induite par les décès liés à la crise sanitaire. Cet accompagnement des professionnels de santé est essentiel.
Comment les besoins psychologiques ont-ils été remontés par les soignants ?
Progressivement, avec une accélération à l’occasion de la 4e vague que nous vivons actuellement de façon particulièrement difficile. Il faut dire que nous avons connu d’autres catastrophes sanitaires (ouragan, incendie du CHU…) et que les soignants guadeloupéens ont été confrontés à des chocs psychologiques à répétition. Aujourd’hui, nous vivons une catastrophe sans notion d’une éventuelle date de fin. Ce phénomène réactive des plaies locales ce qui fait que le retentissement émotionnel est beaucoup plus important qu’en cas d’événement tels que les cyclones dont on connaît la date de début et de fin.
Les soignants ont-ils des besoins similaires à la population générale ?
Les soignants antillais restent très disponibles, empathiques vis-à-vis d’une population qui se pose des questions légitimes sur cette nouvelle maladie, en particulier en l’absence de traitement. Ils font face à des populations qui vivent des deuils compliqués, multiples, de personnes jeunes… Les soignants connaissent aussi cette problématique dans leur propre famille car peu d’entre elles ont été épargnées. Ils sont donc confrontés à une double incompréhension : celle des familles et celle de leurs proches. La CUMP est présente chaque jour sur le terrain pour des débriefings qui se caractérisent par l’empathie et la bienveillance et qui permettent d’apporter en partie un apaisement face à une situation difficile. Nous anticipons déjà de grosses difficultés après-crise : il nous faudra accompagner les enfants, familles et soignants qui vont souffrir de troubles à long terme liés aux deuils.
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