Avec l'arrivée de 3 800 docteurs juniors de médecine générale à partir de novembre 2026, le logement s’annonce comme un défi majeur dans les territoires. Internats ruraux « 2.0 », habitats partagés, hébergements territoriaux : les acteurs locaux imaginent des solutions pratiques et séduisantes pour favoriser l'accueil et l'ancrage (durable) des internes.
Loin des internats vieillissants des hôpitaux, connus pour leur confort rudimentaire et parfois leur insalubrité, un nouveau modèle de logement émerge dans certains territoires ruraux de l’Hexagone. « Maisons des internes », hébergements partagés et autres internats ruraux « 2.0 » se proposent d’accueillir des étudiants en stage ou jeunes médecins en formation, autant de solutions rassurantes, pratiques et confraternelles qui facilitent l’appropriation de l’exercice loin des villes universitaires (lire pages 11 et 12).
Avec l’entrée en vigueur de la « 4A » en 2026, trouver des logements pour les futurs docteurs juniors va devenir urgentissime
Dans leur thèse de médecine consacrée aux attentes des étudiants de troisième cycle de médecine générale en matière d’hébergement en zone rurale, les Drs Élise Deyres et Emma Zeghdar, aujourd’hui généralistes remplaçantes, ont démontré que certaines communes rurales, jugées peu attractives, pouvaient séduire des internes uniquement grâce à un hébergement collectif réputé. « En Nouvelle-Aquitaine, il existe un internat rural bien connu pour son excellente ambiance. Nous avons constaté que la plupart des internes interrogés privilégiaient ce type de terrain de stage à d’autres mieux notés mais dépourvus d’offre de logement collectif. »
Le salut loin des CHU ?
Ces solutions d’hébergement seraient même (souvent) plus efficaces que les primes. « De nombreux internes nous ont confié qu’ils se projetteraient plus facilement à long terme sur un territoire si des hébergements collectifs existaient, idéalement partagés avec des étudiants en santé d’autres disciplines et offrant huit à dix places. L’attrait est encore plus fort si les collectivités mettent en place une dynamique, avec des tarifs préférentiels ou des packs de bienvenue », expliquent les deux généralistes, très conscientes des difficultés des internes pour se loger à chaque nouveau stage.
En 2018 déjà, les organisations étudiantes (Anemf, Isni et Isnar-IMG), avaient rédigé une charte pour accompagner collectivités et institutions dans la création de logements pour les zones éloignées des antennes de formation. Nommés hébergements territoriaux des étudiants en santé (HTES), ces logements devaient répondre à un cahier des charges (espace commun fonctionnel, cuisine équipée, chambre individuelle) à un tarif à 100-200 euros mensuels pour le locataire, soit l’équivalent de l'indemnité d'hébergement versée par le CHU. L’objectif était à la fois d’ancrer la formation ailleurs que dans les villes universitaires et de favoriser l’interprofessionnalité dès les études. Sept ans après, cette contribution semble être un peu tombée dans l’oubli, sauf dans certains départements. « En Vendée, elle est utilisée de manière très active et diffusée aux collectivités afin de les informer sur les besoins des internes », illustre Killian L'helgouarc’h, président de l’Isni.
Mais avec l’entrée en vigueur de la « 4A » en 2026, la nécessité de trouver des logements pour les futurs docteurs juniors de médecine générale va devenir urgentissime. « Si on veut territorialiser la formation et répondre aux problèmes d’accès aux soins, il va falloir construire des bâtiments pour les étudiants, souligne la Pr Isabelle Laffont, nouvelle présidente de la conférence des doyens. Le manque d’hébergements constitue un frein et nous devons le lever avec les collectivités. Cette année, dans l’est de l’Occitanie, une centaine d’internes de médecine générale n’ont pas pu réaliser leur stage dans les territoires faute de logement ».