Les lettres d'avertissement de la Cpam n'y feront rien. Une trentaine de médecins bretons exerçant en Ille-et-Vilaine refusent toujours de renoncer au C à 25 euros, qu'ils pratiquent -via un DE de 2 euros- depuis février 2016. Et ce, malgré plusieurs rappels à l'ordre de la Cpam 35. Mercredi soir était organisée à Romillé - village d'un peu moins de 4 000 habitants où les cinq généralistes prennent ce tarif- une réunion intersyndicale en présence de professionnels et des représentants des CODTS (Collectifs d'organisation et de défense du territoire de santé) de la région. "120 médecins du département et des patients venus nous soutenir étaient présents", précise Frédéric Mas, représentant de la CSMF Ille-et-Vilaine. Le président de la Cpam 35, Dolnald Goldie, est intervenu au cours de la réunion, mais n'a pas pour autant réussi à calmer la grogne des généralistes.
Il menace de déplaquer
« Le message que nous souhaitons passer, c'est qu'on n’arrive pas à faire vivre un cabinet et surtout une maison médicale, où de plus en plus de jeunes s'installent, avec une consultation à 23 euros. Les charges administratives sont trop importantes », explique le Dr Nicole Cochelin, dermatologue à Montfort-sur-Meu, secrétaire générale de la FMF Bretagne et membre du CODTS de Rennes Broceliande. Elle était présente lors de la réunion mercredi, entourée des représentants de la CSMF-Généralistes, de MG France, mais aussi du SML et du Bloc. « Il y a ici un véritable soutien entre confrères », confie-t-elle.
Ils sont plusieurs médecins à avoir reçu, tout d'abord une lettre d'information de la Cpam début octobre, puis une lettre recommandée, avertissant d'éventuelles poursuites. Et le problème ne s'arrête pas aux frontières de Romillé. Dans le département, à Bécherel, Rennes, Retiers, Saint-Coulomb, Argentré-du-Plessis, La Guerche-de-Bretagne, Bourg-des-Comptes, Mordelles, Rennes Cleunay ou encore Val d'Izé, on compte aussi des irréductibles.
C'est le cas du Dr Jean-Luc Pontis, 65 ans, qui exerce à Val d'Izé, à 40 km à l'est de Rennes, avec ses collaborateurs libéraux et ne compte pas non plus se laisser faire. Il menace de dévisser sa plaque définitivement si la Cpam ne le laisse pas tranquille. « Cela fait déjà 6 mois que je pourrais être à la retraite, mais je reste car je suis le seul médecin permanent dans une maison médicale qui compte 21 professionnels de santé. Je pratique le C à 25 euros depuis le mois de juin mais si la Cpam met ses menaces à exécution, je m'en vais ! La maison médicale ne fonctionnera plus et je laisse derrière moi 5 000 patients. Comment la caisse réagira alors ? J'espère qu'elle a un plan B ».
Pas tous à la même enseigne
Confrontées à la persistance de ce mouvement tarifaire, certaines Cpam semblent cependant moins regardantes que celle d'Ille-et-Vilaine. Le Dr Gérard Bossevain, installé à Creysse, en Dordogne, pratique le C à 25 euros depuis le début de l'année 2015, en appliquant une MPC de deux euros. « L'assurance maladie est au courant mais elle ne s'est pas manifestée. Et ce serait de très mauvais goût de sa part de le faire »,affirme-t-il. A Chinon (37), le Dr Agnès Moretti, qui faisait partie elle aussi des premières à avoir appliqué ce tarif a pour sa part un peu levé le pied. Il y a eu une première lettre de la Cpam en avril, puis plus rien. Consciente de la situation de ses confrères à Romillé, elle préfère depuis un mois limiter les consultations à 25 euros à quelques fois par semaine : « Je continue de le faire par solidarité et parce que certains patients trouvent que le service rendu vaut bien 25 euros », confie la généraliste. Un constat que partage le représentant de la CSMF-Généralistes d'Ille-et-Vilaine Frédéric Mas : « On ne peut plus fonctionner comme avant avec 23 euros. Les charges sont trop importantes. La négociation conventionnelle qui a eu lieu ces derniers mois n'a pas été suffisante ».
Côté signataires, on n'est pas loin d'être sur la même longueur d'onde finalement. Sur ce dossier Claude Leicher, président de MG France ne désarme toujours pas : « Nous avons attendu 10 ans pour obtenir le C à 25 euros, l'assurance maladie peut bien patienter 5 mois ». Lui qui exerce à Etoile-sur-Rhône dans la Drôme continue aussi, comme quatre de ses confrères dans cette commune, la consultation à 25 euros. « Il n'y a aucune raison de nous la refuser. La plupart des mutuelles les remboursent déjà », affirme-t-il.
Reste que dans l'ouest, la caisse du 35 a pourtant adressé des lettres recommandées aux médecins de Romillé les informant que des sanctions conventionnelles seraient bientôt prises devant la Commission paritaire locale (CPL). « Si la Cpam s'amuse à taper sur l'un d'entre nous, on va rétorquer », conclut le Dr Cochelin. Voilà la Sécu prévenue...
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