« La souffrance des médecins a aujourd'hui atteint un point de non-retour. » Le président du Conseil national de l'Ordre des médecins (CNOM), le Dr Patrick Bouet, a présenté ce mardi à Paris le dispositif d'Entraide et le nouvel Observatoire de la santé des médecins de l'Ordre, présidé par le Dr Jacques Morali, à l'occasion d'un débat sur la santé des soignants. Les résultats d'une grande enquête* sur la santé des médecins, menée auprès de 10 000 d'entre eux (la majorité des répondants sont des généralistes (72 %) ont été publiés à cette occasion.
Trois quarts des médecins n'ont pas de médecin traitant
Les médecins généralistes sont presque un quart à s'estimer en moyenne voire en mauvaise santé. À l’inverse, 57 % pensent être en bonne santé et 13 % en excellente forme. Alors qu'on vient de fêter le premier anniversaire de « Dis doc, t'as ton doc ? », campagne lancée par les anesthésistes-réanimateurs pour inciter les médecins à prendre un médecin traitant, l'enquête ordinale confirme la nécessité de sensibiliser les praticiens à ne pas se soigner eux-mêmes.
Ils sont en effet seulement 27 % à avoir un médecin traitant et plus des deux-tiers n'ont pas de praticien attitré. Huit répondants sur dix déclarent pourtant avoir consulté un confrère au cours des deux dernières années. L'Observatoire de la santé des médecins met aussi en lumière le peu de médecins qui s'accordent un arrêt de travail, alors même qu'ils l'évaluaient nécessaire. Ainsi, 43 % des interrogés avouent ne pas s'être arrêtés pour raison médicale alors que leur état le justifiait.
Densité médicale et rythme de travail en cause
Quid des causes ? L'Ordre établit une corrélation entre densité médicale et santé des soignants. Ainsi, dans les Côtes-d’Armor, le Morbihan, le Pas-de-Calais ou encore en région parisienne par exemple, là où la densité de médecins est faible, les médecins sont plus nombreux à se trouver en moyenne ou en mauvaise santé. Deuxième corrélation, entre mauvaise santé et charge de travail cette fois. Plus de la moitié des médecins (52 %) qui s'estiment en mauvaise ou moyenne santé travaillent plus de 48 heures par semaine. Cette proportion tombe à autour de 42 % pour les médecins en bonne ou excellente santé.
Les médecins déclarent également que leur rythme de travail a des conséquences sur leurs performances professionnelles, leur vie sociale ou leur vie de famille mais aussi sur leur sédentarité. 65 % de ceux qui pensent être en moyenne/mauvaise santé souffrent d'un manque d'activité physique contre 46 % sur l'ensemble des interrogés. Enfin, le stress au travail est une des causes principales du mal-être des soignants. Neuf interrogés sur dix ont déclaré avoir vécu des situations stressantes au cours des trois derniers mois.
Burn-out et tendances suicidaires
Dans les cas les plus graves, les médecins sont 13 % à déclarer être atteint des trois symptômes du burn-out (épuisement professionnel, dépersonnalisation des relations avec les patients et perte d'accomplissement personnel). La moyenne d'âge de ces médecins les plus touchés est de 56 ans. Ce sont majoritairement des femmes (58 %). Parmi ces médecins en grande souffrance, seuls 41 % ont arrêté momentanément leur activité. Pire, 13 % des praticiens qui se sont prêtés à l'enquête confient avoir eu des idées suicidaires.
Les praticiens n'échappent pas aux conduites addictives. Ainsi, la consommation de médicaments et de psychotropes est remarquée chez un quart d'entre eux. Ils sont aussi un tiers à consommer de l'alcool plusieurs fois par semaine ou tous les jours et 13 % à fumer à la même fréquence. Ces chiffres sont encore plus élevés chez les médecins en mauvaise ou en moyenne santé. Ils sont 5 % de plus à consommer des psychotropes et des médicaments de manière régulière par rapport à l'ensemble des interrogés. Ils sont aussi 4 % de plus à fumer et 2 % de plus à consommer de l'alcool tous les jours.
* Enquête menée par voie d'e-mailing auprès des adhérents de l'Ordre début 2017. Parmi les 10 000 participants, 63 % sont des femmes et l'âge moyen des répondants s'élève à 48 ans. 72 % sont des généralistes (7 700), le reste des interrogés sont des psychiatres, médecins du travail, anesthésistes et gynécologues. Parmi les MG ayant répondu, 62 % exercent en libéral.
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