On savait que l'épidémie de Covid-19 avait provoqué une explosion de la téléconsultation. L'enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES, ministère), réalisée du 18 mai au 21 juin auprès d'un panel de 3 300 généralistes (1 200 praticiens y ont répondu) documente l'ampleur du phénomène.
Alors que « moins de 5 % » des généralistes pratiquaient les consultations à distance avant l'épidémie, ils ont été rapidement 16 fois plus nombreux puisque plus des « trois quarts » ont basculé dans ces mois exceptionnels. La première semaine du déconfinement, 7 médecins sur dix ont réalisé encore « au moins une » consultation vidéo. Et parmi eux, 10 % ont pratiqué plus de 25 % de ses consultations à distance. À l’inverse, un médecin sur cinq est resté complètement à l'écart de la téléconsultation.
La mise en place de cette pratique à distance a été jugée « facile » par près des trois quarts des sondés (53 % « plutôt » et 21 % « très »). Seuls 5 % des omnipraticiens estiment que ce changement a été très difficile. Sans surprise, les médecins âgés de moins de 50 ans se déclarent plus à l'aise (82 %) que la moyenne de leurs confrères (69 %). La mise en place a été jugée plus souvent facile par les femmes (80 %) que les hommes (71 %).
Examen clinique indispensable
Comme pour les outils de e-santé, l'âge mais aussi l'exercice en groupe sont très corrélés à la réalisation de téléconsultations (80 % dans des généralistes en groupe ont réalisé des consultations à distance contre 5 sur 10 parmi les praticiens en solo). Le recours à cette pratique est aussi plus fréquent dans les départements les plus touchés (74 % contre 67 % dans les départements moins exposés).
En dépit d'une appropriation collective forte, l'utilisation de cet outil a entraîné des difficultés et suscité des réserves. Pour plus de la moitié des généralistes qui ont utilisé la téléconsultation (53 %), l’examen clinique en présentiel reste « souvent » ou « systématiquement » indispensable. Les problèmes techniques (de connexion notamment) sont les difficultés les plus citées. En revanche, la facturation des honoraires n'a pas été une difficulté majeure : 9 médecins sur 10 déclarent n'avoir « jamais » ou « rarement » rencontré ce type de problème.

In fine, le ressenti personnel face à la pratique de la médecine via les téléconsultations reste très mitigé, à la lumière de ces retours du terrain. Un peu moins de la moitié des médecins se disent « moyennement satisfaits », un tiers en sont « peu ou pas » satisfaits alors qu'un quart en sont « très ou tout à fait » contents. À noter que les difficultés sont davantage ressenties dans les zones les moins touchées. « Là où l'utilisation est la plus utile en raison de l'intensité de l'épidémie, suggère l'étude, les médecins se sont montrés moins sensibles aux problèmes rencontrés. »
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