Sur les 393 amendements au projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) déposés en commission la semaine dernière, cinq ont tenté de revenir sur la liberté d'installation en médecine libérale.
Évoquant à nouveau les limites des mesures incitatives – aides à l'installation, bourses pendant les études, soutien à l'investissement dans les maisons de santé – des députés de droite comme de gauche ont réclamé la méthode forte.
Pour ces élus, seul le conventionnement sélectif dans les zones surdenses (sur le principe d'une nouvelle installation pour un départ), accolé le cas échéant à une modulation des remboursements Sécu, devrait permettre de lutter efficacement contre la désertification médicale.
Député Nouvelle Gauche de Haute-Garonne, Joël Aviragnet s'est fait le porte-voix des élus impatients et des défenseurs de mesures musclées. « Tous les remèdes jusqu'ici essayés l'ont été sans grand effet. J'ai rencontré des internes qui ne sont pas du tout opposés à ces mesures à condition qu'ils soient accompagnés », a-t-il assuré devant ses collègues. Pas soutenu par la commission, l'élu, droit dans ses bottes, a tout de même maintenu deux amendements identiques visant à expérimenter le conventionnement sélectif, tous deux rejetés.
Contrairement à l'amendement Le Houérou adopté par surprise en commission l'an passé (du nom de la députée socialiste des Côtes-d'Armor), la tentative de coup de force des députés minoritaires n'est donc pas passée. Leurs offensives ont été rejetées. « Contraindre, c'est une vieille lune, c'est injuste et inefficace », a proféré le Dr Olivier Véran, rapporteur général, élu de La République en Marche. « Si on instaure un conventionnement sélectif, j'ai peur de casser la dynamique qu'on essaye de recréer. Il faut au contraire faire découvrir la médecine générale », a ajouté le député de l'Isère, qui a trouvé une alliée de poids en la présidente de la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale, Brigitte Bourguignon.
La force des territoires
Depuis plusieurs années, cette élue du Pas-de-Calais a fait de la désertification médicale son cheval de bataille. Elle affirme que les mesures incitatives commencent à produire leurs effets sur son territoire. « C'est le cas du contrat d'assistanat ou des stages en médecine générale », a-t-elle cité. Pour renforcer l'offre de soins au plus près des besoins, Brigitte Bourguignon a sa recette. Il faut porter la bonne parole dans les facultés afin de sensibiliser les carabins à l'attractivité de tel ou tel secteur. « Cela porte ses fruits », a-t-elle assuré, en appelant ses collègues à être proactifs.
Dans cette bataille, le rôle des élus locaux sera majeur, tout comme celui des médecins porteurs de projets. « Chaque territoire doit se prendre en main pour choisir ses propres solutions », a expliqué Yves Daudigny, sénateur PS de l'Aisne, lors d'un débat animé qui s'est tenu au congrès de l'Ordre des médecins, la semaine dernière. Cette table ronde a montré que des solutions émergent comme les pratiques avancées ou la télémédecine pour libérer du temps médical. « A condition de cesser de suradministrer la médecine… », a justement mis en garde le Dr Jacques Lucas, vice président du conseil national de l'Ordre des médecins.
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