Majorer ses honoraires en dehors des heures ouvrables : deux médecins expliquent comment faire passer la pilule aux patients

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Publié le 02/02/2016
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Crédit photo : S. TOUBON

Lassés d'attendre des revalorisations tarifaires qui n'arrivent pas, deux médecins bretons adhérant à la FMF, les Drs Ivane Audo et Jean-Charles Rousseaux, ont décidé d'appliquer des majorations aux consultations effectuées au-delà des 35 heures hebdomadaires, en dehors des heures ouvrables. Cette initiative s'inscrit dans un contexte de guérilla tarifaire que les syndicats de médecins libéraux ont lancée en janvier.

Conscients que ces majorations vont immanquablement générer des questions, pas forcément amènes, les deux généralistes ont rédigé une sorte de FAQ (foire aux questions). « Ces réponses passent bien, précisent-ils, et nous évitent de perdre trop de temps ».

La première interrogation porte sur la légitimité de ces tarifs. La réponse du médecin est immédiate : « Tous les salariés bénéficient d'heures supplémentaires. Vous feriez 55 heures par semaine, vous ? »

Parfois, la question est encore plus directe : « Pourquoi prenez-vous plus cher ? ». Les médecins bretons ont réponse à tout : « Nos tarifs sont les mêmes que l'on ait un an, dix ans, ou trente ans d'ancienneté, et que l'on travaille 35, 45 ou 55 heures par semaine, précisent-ils. Mes semaines ont le même nombre d'heures que les vôtres, mais elles sont surtout occupées par le travail. »

 

Vous me prenez en otage

 

Certains patients sont insensibles à ce genre d'explications et le ton peut monter : « Docteur, vous me prenez en otage », se plaignent-ils parfois. Les praticiens conseillent de ne pas s'énerver : « Je ne vous prends pas en otage. Vous pouvez venir lors de mes heures de consultation de 9 heures à 17 heures. Si vous souhaitez venir en dehors de ces horaires, je dois rallonger ma journée de travail, comme vous quand vous faites des heures supplémentaires. Je reste à votre disposition, mais à un tarif différent. »

Certains patients argumentent. « Docteur, je suis à la CMU », tentent-ils. « Aucun problème, répondent les médecins bretons. Nous respectons évidemment les gens dans la difficulté, il n'y aura donc aucune majoration dans votre cas. Même chose si vous êtes en accident du travail, ou en AME. Dans ces situations traduisant une difficulté, nous respectons les tarifs conventionnels, même en dehors de nos horaires habituels. »

La question du remboursement de ces consultations majorées est fréquemment abordée. Là aussi, la réponse est prête : « Vous serez remboursé par votre caisse de Sécurité sociale, et par votre mutuelle, dont beaucoup remboursent ces dépassements, tout dépend de votre cotisation et de votre contrat. »

 

Vidange, plaquettes et allumage pour 23 euros ?

 

Certains patients craignent de ne pas pouvoir évoquer tous leurs problèmes au cours d'une seule consultation. « Vous pouvez tout me dire aujourd'hui, est-il conseillé de répondre, mais je ne pourrai peut-être pas tout régler. Si vous prenez rendez-vous pour une vidange facturée 30 minutes de main-d’œuvre, allez-vous demander au garagiste de changer les plaquettes de frein, de vérifier l'allumage et de nettoyer votre voiture pour le même prix ? »

Enfin, la réflexion qui fâche : « Docteur, vous allez devenir riche à ce tarif. » Mais les deux praticiens ont tout prévu : « Je ne vais pas devenir riche, assurent-ils, mais je vais pouvoir refaire les papiers peints pour vous recevoir dans un cadre plus agréable. Je pourrai aussi embaucher une secrétaire pour me faciliter la tâche, ce qui participera à l'effort national pour l'emploi, et vous rendra service, car cela me laissera plus de temps pour traiter vos maladies. »

Dans un communiqué, la FMF indique mettre sa cellule juridique à la disposition de tous les médecins « qui ont décidé de ne pas attendre la signature conventionnelle pour une hypothétique revalorisation ».


Source : lequotidiendumedecin.fr