Le directeur de l'assurance-maladie Nicolas Revel a défendu ce jeudi matin les aides conventionnelles versées aux médecins qui s'installent et exercent en zones sous-denses. Entendu dans le cadre de la commission d'enquête parlementaire sur l'égalité d'accès aux soins des Français, il a répondu aux multiples questions des députés de la commission, et notamment Philippe Vigier (Eure-et-Loir, Les Constructifs-UDI), auteur de plusieurs propositions de loi visant à contraindre l'installation des médecins et rapporteur de cette commission.
Le député centriste, s'interrogeant sur « ce qui n'avait pas marché depuis 15 ans pour qu'on en arrive là [en termes d'accès aux soins] », a fustigé l'efficacité des aides à l'installation en zones sous-dotées mises en place dans un avenant à la convention médicale de 2007 et puis dans celle de 2011.
« En 2007, un avenant prévoyait de majorer de 20 % les honoraires des médecins généralistes libéraux qui s'installaient en cabinet de groupe dans une zone déficitaire. Selon la Cour des comptes, 773 médecins en ont été bénéficiaires, soit un apport net de 50 médecins en sept ans, déplore Philippe Vigier. Quant aux aides mises en place dans le texte de 2011, 90 % des médecins qui en ont bénéficié étaient déjà installés et le montant des aides versées était supérieur à celui des nouveaux installés ! »
« C'est pour cela que nous avons fortement réduit dans la convention de 2016 la partie des aides versées aux médecins déjà installés (...) leur montant a été divisé par trois pour se concentrer sur les aides aux jeunes installés », se défend le directeur général de la CNAM (en poste depuis 2014) qui rappelle que les zonages des Agences régionales de santé (qui conditionnent le versement de ces aides) sont en train d'être redéfinis.
Pour autant Nicolas Revel estime que ces aides aux médecins déjà installés doivent être « maintenues ». « J'ai des exemples concrets de médecins qui ont choisi de venir en zones sous-denses grâce à ce levier économique, assure-t-il. Vous pouvez le supprimer, mais je ne suis pas sûr que cela fera avancer la cause de l'installation ! »
Le regroupement, pas si naturel
Interrogé par ailleurs sur le fait de « redonner du temps médical » aux professionnels par le député et médecin Cyrille Isaac-Sibille (Rhône, LREM), le patron de l'assurance-maladie souligne par ailleurs l'action des caisses sur la « simplification de l'exercice quotidien des médecins » et notamment la réduction des rejets de paiement lorsque les patients sont hors parcours, ou que leurs droits ne sont pas à jour. « Et savez-vous combien de consultations fait un médecin généraliste par jour ? », demande tout d'un coup le député. « Entre 20 et 30 », affirme Nicolas Revel. Bonne réponse.
Face aux députés, Nicolas Revel a ensuite rappelé son opposition au conventionnement sélectif dans les zones denses, qui « n'aurait pas les effets escomptés », notamment pour les médecins généralistes. « Y a-t-il seulement des zones surdotées en médecine générale ? », souligne le directeur de la CNAM.
Enfin, questionné sur le fait de « pousser » les médecins à plus de regroupement pluriprofessionnel, il a tenté de défendre la profession. « Les jeunes le privilégient plus, mais si vous demandez à un médecin installé depuis vingt ans dans son cabinet, avec des journées déjà pleines, de se déplacer, ça n'a rien de naturel ! », assure Nicolas Revel.
Quatre généralistes font vivre à tour de rôle un cabinet éphémère d’un village du Jura dépourvu de médecin
En direct du CMGF 2025
Un généraliste, c’est quoi ? Au CMGF, le nouveau référentiel métier redéfinit les contours de la profession
« Ce que fait le député Garot, c’est du sabotage ! » : la nouvelle présidente de Médecins pour demain à l’offensive
Jusqu’à quatre fois plus d’antibiotiques prescrits quand le patient est demandeur