Samuel Hahnemann (1720-1789), né en Saxe dans une famille aux frontières de l’artisanat et de la toute petite bourgeoisie, se comprend assez bien dans le contexte socio-historique. La médecine est prestigieuse, tout comme les études qui y conduisent à cette époque en Allemagne. C’est le règne des riches protecteurs et Hahnemann est très vite médecin particulier du baron et bibliothécaire d’Hermannstadt (l’actuelle Sibiu, en Roumanie). La nécessité de gagner sa vie le fait s’installer dans différentes villes, cherchant la clientèle aisée et surtout devant faire face à d’importantes charges de famille (11 enfants dans un temps assez rapproché !).
Mais le hasard va donc jouer son rôle. Boulimique de savoir, donc de lecture, le médecin trouve dans l’ouvrage « la Matière médicale », de l’Écossais William Cullen (1710-1790), une remarque sur un médicament importé d’Amérique, le quinquina. Il semblerait, note Hahnemann, que « l’écorce péruvienne, utilisée comme remède contre la fièvre intermittente, agit parce qu’elle peut produire sur les gens sains des symptômes semblables à ceux de la fièvre intermittente ».
Cette hypothèse s’insère dans toute une réflexion européenne concernant l’observation et l’expérimentation sur les corps sains. En tout cas, notre jeune médecin de Saxe développera une pratique fondée, on le sait, sur le fait qu’« il faut chercher des médicaments qui provoquent habituellement une maladie similaire, voire très similaire, pour supprimer radicalement certaines maladies chroniques ».
Une religion
Samuel Hahnemann était un être d’exception et Olivier Faure a choisi, en accord la plupart du temps avec la réalité, d’en écrire la légende. Il la situe dans l’extrême foire d’empoigne du marché médical en Allemagne. Chacun revendique le monopole des soins médicaux et pharmaceutiques, dénonce les autres comme charlatans ; et le paysage médical est celui d’une « citadelle assiégée ».
Préparant ses propres médicaments, au travers d’extrêmes dilutions, Hahnemann les délivre lui-même à ses patients et se met à dos les pharmaciens. Mais loin d’être un malheureux persécuté, le père de l’homéopathie va devenir le chef d’une religion. Tout comme on traversait toute l’Europe pour aller saluer Emmanuel Kant à Koenigsberg, les disciples prendront le chemin de Köthen, près de Leipzig, pour aller vers un nouveau messie. Un rôle dans lequel se complaît un vieillard de 75 ans.
Ce sont les passages les plus savoureux du livre, qui éclaire aussi la manière dont l’homéopathie se fond bien dans certaines cultures (en gros l’anglo-saxonne libérale) et mal dans les états autocratiques et totalitaires. L’idée aura même ses missionnaires, tel le Lyonnais Benoit Mure (1809-1858), qui créera un Institut homéopathique dans l’État de Sâo Paulo en 1842.
Tantôt nouveau Galilée, tantôt charlatan exploitant l’éternelle crédulité des malades, Hahnemann reste sujet de polémiques et l’homéopathie, réduite parfois à un fort effet placebo, attend encore sa reconnaissance. Olivier Faure a habilement voulu éviter, en tout cas su contourner, ces polémiques. Contextualisant son travail, il note que « l’homéopathie n’est pas seulement le fruit d’un calcul coût-bénéfice, mais dépend de l’état de la science dominante, de l’offre médicale, de la confiance faite au médecin, des moyens financiers du malade ». Un livre que l’on doit prescrire à forte dose.
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