Actuellement en procès en appel dans l’affaire des assistants parlementaires, la députée et figure historique du Rassemblement national (RN) Marine Le Pen a participé samedi 31 janvier 2026 à une table ronde d’une heure autour des questions de santé à Creutzwald (Moselle). Un déplacement très politique dans cette commune d’un peu plus de 16 000 habitants à la frontière allemande, à quelques semaines des élections municipales et, surtout, à un an du scrutin présidentiel.
Marine Le Pen a partagé sur son compte X (ex-Twitter) les extraits de ses interventions, cohérentes avec son programme défendu en 2022. Et d’autant plus, a-t-elle justifié, quand « 80 % des Français considèrent que l’accès aux soins se dégrade » et que la santé est sur le podium de leurs priorités depuis plusieurs années.
« Je pense que les médecins devraient être plus écoutés. La charge administrative qu’on fait peser sur eux doit absolument s’alléger », a-t-elle déclaré, ironisant autour de « la maison des fous » d’Astérix et Obélix pour illustrer son propos. « Vous êtes là pour soigner, pas pour remplir de la paperasse matin, midi et soir. Ce n’est plus seulement une charge de temps, mais une charge mentale : la peur de mal faire, de mal déclarer, de ne pas mettre la bonne croix dans la bonne case », a-t-elle aussi développé, évoquant des temps administratifs pris sur le soin allant de 10 à 30 %, le tout dans une « forme de suspicion, de culpabilisation permanente ».
Polémique autour du numerus clausus
Un autre point important de sa prise de parole concerne la suppression du numerus clausus, actée dans la loi depuis 2020 et devenu numerus apertus depuis 2025, comme lui a rappelé, sur X, l’ex-ministre de la Santé Yannick Neuder… Une mesure qui n’est pas effective selon la députée, qui a dénoncé une réalité qui « revient à empêcher des jeunes étudiants de devenir médecin, parfois de les pousser à aller à l’étranger pour passer leurs diplômes de médecine ».
Marine Le Pen a également suggéré que les étudiants pourraient être formés dans des hôpitaux qui ne seraient pas « obligatoirement » des CHU ou même dans des cliniques privées. Ce qui nécessiterait, a-t-elle ajouté, de « passer au-delà des réticences, habitudes ou traditions »… pour « générer » plus de médecins, la députée RN a aussi appelé à faciliter l’accès aux études de médecine pour les étudiants des zones sous-denses, via des bourses.
Tarif bonifié en zones sous-denses
Argumentant que la pénurie de médecins « ne pourra pas être réglée en cinq ou dix ans », Marine Le Pen a expliqué que « les déserts médicaux ne sont pas tant liés au nombre de médecins qu’aux lieux où ils exercent », soulignant que « même en région parisienne, il y a des endroits où les gens ne trouvent pas de médecin traitant ». Il s’agit avant tout d’un problème lié à l’aménagement du territoire à son sens.
Observant que les consultations des vétérinaires sont plus chères que celles des médecins, Marine Le Pen a défendu sa proposition ancienne d’un « tarif bonifié » pour les praticiens qui exercent en zones sous-denses. Ce qui, selon elle, pourrait attirer de jeunes médecins, mais « aucune mesure que l’on propose n’est magique », a-t-elle également lâché. « Les médecins qui veulent vivre de l’exercice de la médecine, il faudra qu’ils aillent aux endroits où il y a des patients. Et pas tous se concentrer sur la Côte d’Azur et les métropoles », a-t-elle par ailleurs indiqué.
Débureaucratiser l’hôpital
Marine Le Pen a remis sur le tapis sa proposition phare de débureaucratisation de l’hôpital par le plafonnement à 10 % du personnel administratif sur l’ensemble de la masse salariale. En parallèle, elle s’est dite favorable à l’essor d’une gouvernance à deux têtes (administratif et médecin) comme celle que l’on retrouve au niveau des pôles à l’hôpital de Valenciennes et au CHU de Nice.
Justifiant l’engorgement des urgences par le manque de médecins de ville, Marine Le Pen a semblé être favorable au développement de maisons médicales de garde adossées aux hôpitaux, comme cela existe déjà, mais spécialisées dans la prise en charge de la douleur, qu’elle différencie des services d’urgences. Sans trop préciser sa pensée, la députée a évoqué l’exemple des rages de dents.
Proposition elle aussi historique de la candidate du RN, la suppression des agences régionales de santé (ARS) a été mentionnée, en raison de « la démonstration de leur incapacité à organiser l'ensemble de la profession ». Certaines de leurs compétences doivent selon elle « repasser sous la responsabilité des préfectures, en lien direct avec les médecins. » Une idée un temps défendue par le Premier ministre Sébastien Lecornu avant d’être reléguée aux oubliettes.
Une infirmière scolaire par établissement
Incisive sur la grande cause nationale de 2025 reconduite en 2026, Marine Le Pen a fustigé le fait qu’« on a fait de la santé mentale une priorité, mais on n’a pas vu véritablement quelles ont été les conséquences de cette déclaration d’intention positive ». Face aux troubles anxieux en hausse chez les adolescents, la députée prescrit une infirmière scolaire par établissement, en axant davantage dans leur formation le volet psychologique, face à la baisse du nombre de pédopsychiatres de 40 % depuis 2010.
Ironisant sur les généralistes qui « se crispent lorsqu’on évoque cette solution », Marine Le Pen a également défendu les délégations de tâches et les transferts de compétences à d’autres soignants, en priorité aux infirmiers en pratique avancée (IPA).
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