« Quelle place pour les collectivités dans l’organisation du système de santé ? » C’était la question complexe débattue lors d’un colloque sur le système de santé et la territorialisation, à l’initiative de l’Académie nationale de médecine et des doyens.
Confrontées à la désertification médicale, les collectivités locales se retroussent les manches pour tenter de compenser les carences de la politique de santé de l’État. Avec un succès relatif puisqu’elles n’ont ni les coudées franches ni les moyens de résoudre les difficultés locales d’accès aux soins aussi bien en ville qu’à l’hôpital.
Pour autant, des leviers existent. Présente en sa qualité de présidente de l’association des régions de France, Carole Delga, également à la tête de la région Occitanie, a rappelé que la santé fait partie du « pacte républicain » avec les citoyens, qui doit mobiliser tous les élus locaux. Et si la loi n’attribue pas de façon précise de compétences santé aux collectivités locales, elle n’interdit pas d’agir. C’est ainsi que trois régions salarient des médecins à grande échelle (Centre-Val de Loire, Auvergne Rhône-Alpes et Occitanie) dans des centres de santé. Dans sa propre région occitane, plus de 120 contrats de travail ont été signés avec des praticiens depuis le lancement du projet en 2021, ayant permis plus de 500 000 consultations. La rémunération est calquée sur la grille hospitalière, soit entre 4 300 et 6 400 euros nets par mois, selon l'expérience. Les frais sont pris en charge : entretien des locaux, matériel médical et informatique, secrétariat et frais kilométriques.
Diversifier les profils
Des collectivités locales combattent aussi le déterminisme social qui existe dans le choix des études de santé – les régions étant en charge des lycées. Dans le Lot, 17 lycées expérimentent par exemple une option « études de santé ». Cinq ans plus tard, « cela a eu un effet sur les candidatures et l’orientation » vers cette filière, se félicite Carole Delga.
Ce déterminisme social a également été souligné par le Pr Jean Dellamonica, doyen de Nice. En ce sens, le médecin réanimateur encourage au déploiement des terminales « santé » et des tutorats en santé. « Les étudiants venant des territoires ruraux viendront plus facilement s’y installer », avance-t-il, même si la ruralité « ne doit pas être réservée à ceux qui y sont issus ». La facilitation des transports ou des logements sont également importants lors des stages. Le Pr Jean Dellamonica critique au passage la réforme PASS/L.as qui, selon lui, au lieu de privilégier « le recrutement d’étudiants non scientifiques aurait pu être consacrée à ceux venant des territoires ».
L’atout de la prévention municipale
Le maire de Varzy (Nièvre), Gilles Noël, également vice-président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF) en charge de la santé, confirme que les besoins de santé augmentent dans les villages de moins de 3 500 habitants, laissant les élus souvent démunis. « Généralistes, psychiatres, autres spécialistes, entrées aux urgences… Nous avons davantage de demandes d’accès aux soins que d’emplois ! », a-t-il lancé lors du colloque. Quelque peu impuissant sur l’accès aux soins, l’édile a expliqué « subir » cette situation de désertification médicale et « souhaiter voir nos concitoyens moins souffrir ».
Sur le plan de la santé publique en revanche, Frédéric Chéreau, maire socialiste de Douai (Nord) et vice-président de l’Association des maires de France (AMF) délégué à la santé, se montre assez optimiste pour agir sur les déterminants de santé – conditions de vie, facteurs socio-économiques ou environnement (déterminants qui contribuent à environ 70 % de notre état de santé). « Les collectivités ont la main ! », avance-t-il, citant l’éducation à l’alimentation, la création d’espaces verts, la disposition de mobilier urbain, le financement d’associations sportives, de logements, d’associations contre l’isolement ou encore les actions de prévention et de dépistage.
Ces arguments en faveur d’une forte impulsion de la prévention à l’échelle des territoires ont été appuyés par le préfet de la région Bourgogne-Franche Comté, Paul Mourier, qui a insisté sur son caractère « absolument indispensable ». Couverture vaccinale, consommation d’alcool, alimentation… : les collectivités doivent s’impliquer davantage. Quant aux questions de santé mentale, « c’est localement alarmant », s’est-il ému, ajoutant que « nous n’avons pas les moyens d’y faire face ». Le Pr Denis Angoulvant, doyen de Tours, appelle de ses vœux un sursaut des collectivités sur la santé car elles sont « en première ligne des attentes des citoyens », ce qui les oblige à un « changement de paradigme » pour « partir des territoires ».
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