Chaque année, près de 400 000 personnes sont diagnostiquées d’un cancer et 150 000 en décèdent. Cependant, l’année 2018 a été « porteuse d’espoirs » et marquée par des avancées encourageantes et concrètes en cancérologie.
Mieux prévenir et dépister
En termes de prévention, nous observons des indicateurs très positifs dans la lutte contre le tabagisme. Si le tabac tue chaque année 75 000 personnes dont 45 000 par cancers, un recul historique a néanmoins été enregistré, avec 1,8 million de fumeurs en moins entre 2016 et 2018. Celui-ci s’observe dans l’ensemble des classes d’âge et des catégories sociales. Cela reflète l’effet de l’augmentation du prix et des campagnes de sensibilisation auxquelles l’Institut participe.
L’année 2018 marque l’élargissement des dépistages, avec un arrêté entérinant la généralisation de celui du cancer du col de l’utérus. Les objectifs sont d’une part de réduire les inégalités d’accès avec la prise en charge à 100 % du test, sans avance de frais, pour les femmes ne réalisant pas le dépistage de ce cancer (40 % des femmes de 25 à 65 ans) et d’autre part de diminuer de 30 % en 10 ans l’incidence (3 000 cas par an) et le nombre de décès (1 100 par an).
Avec un taux de participation dramatiquement faible en France (32 % en 2017-2018), le dépistage du cancer colorectal a fait l’objet d’une révision des modalités de mise à disposition du test. Les gynécologues, gastroentérologues et les médecins exerçant en centres d’examens de santé pourront le diffuser. Il sera aussi adressé, en deuxième relance, au domicile des personnes ayant déjà réalisé le dépistage. L’augmentation de la participation est essentielle car il s’agit de la 2e cause de décès par cancer en France (18 000 par an). Le dépistage permet une détection précoce et ainsi d’observer un taux de survie globale à 5 ans de 90 %, contre 13 % en cas de découverte au stade métastatique.
Garantir la qualité des soins
Nous devons également garantir une qualité, une sécurité et une pertinence des soins à l’ensemble des patients. L’Institut a remis, il y a quelques mois, des propositions d’évolutions des critères d’autorisations à la ministre en charge de la Santé. Ces projets s’inscrivent dans la Stratégie nationale de santé 2018-2022 et dans la Stratégie de transformation du système de santé. Les équipes de l’Institut, en lien avec les professionnels de santé, ont également travaillé à l’élaboration de recommandations pour les spécialistes et à des outils pour la pratique des médecins généralistes. Ces outils portent sur des localisations prioritaires comme le cancer colorectal ou les tumeurs des voies aérodigestives supérieures dont l’incidence augmente chez la femme, notamment avec la récente hausse des cas viro-induits par HPV.
Améliorer l’accès à l’innovation
L’accès à l’innovation est aussi un axe majeur pour l’Institut. En effet, les essais cliniques du programme AcSé ont déjà permis à 900 patients en échec thérapeutique d’accéder à des thérapies ciblées de précision. Dans le cadre du programme AcSé e-SMART, 101 enfants ont été traités dans près de 20 pathologies différentes.
Enfin, l’Institut mène des travaux destinés à anticiper puis accompagner le développement de nouvelles thérapies en France et assurer une équité d’accès, comme pour les cellules CAR-T. Cette thérapie soulève d’ailleurs de nombreuses questions dans les domaines scientifiques, organisationnels et économiques que l’Institut doit prendre en compte dans l’ensemble de ses travaux. L’Institut développe aussi un programme d’« Horizon scanning » visant à identifier les anticancéreux émergents deux ans avant leur autorisation de mise sur le marché. L’arrivée de ces médicaments innovants bouleversant les stratégies thérapeutiques, il s’agit d’en apprécier leurs apports pour les patients et leurs conséquences sur notre système de santé.
Si ces avancées sont porteuses d’espoirs, nous restons collectivement mobilisés. L'ensemble de ces travaux se font en étroite collaboration avec les professionnels de santé (médecins généralistes, oncologues), présents aux côtés des patients tout au long de leur parcours. La future stratégie décennale, dont l’élaboration a été confiée à l’Institut, conformément à la loi du 8 mars 2018, devra s’appuyer sur les actions structurantes mises en place et donner une impulsion forte à des priorités. Celles-ci ont été annoncées par la ministre en charge de la santé le 4 février dernier : intensifier la prévention, limiter les séquelles, améliorer la qualité de vie des malades et renforcer la lutte contre les cancers de mauvais pronostic, notamment pédiatriques.
Avec une ambition forte, cette nouvelle stratégie devra répondre aux défis à relever pour continuer à guérir plus et mieux les malades atteints de cancers et prévenir l’entrée dans la maladie.
Directeur général de l’Institut national du cancer
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