Selon un travail de modélisation mené par l'équipe rennaise REPERES (Recherche en Pharmaco-épidémiologie et recours aux soins), tous les scénarios, établis en fonction de différents taux de reproduction du SARS-CoV-2, pointent dans la même direction : la région Corse sera probablement la première région à voir ses capacités de soins de réanimation complètement saturées par l'afflux de cas graves de Covid-19.
Le confinement mis en place mardi, postérieurement au travail des chercheurs de Rennes, pourrait faire basculer le taux de reproduction en dessous du chiffre le plus optimiste retenu dans l'analyse, mais « il est probable que notre modélisation reste correcte au moins dans la semaine à venir », poursuit-il.
Dans leurs travaux, les chercheurs ont envisagé 3 scénarios, et selon le plus optimiste (taux de reproduction R0 de 1,5), la Corse serait la seule région qui ne sera plus en mesure de faire face à l'épidémie. Selon le plus pessimiste (taux de reproduction de 3, a priori peu vraisemblable désormais), ce sont 13 régions qui verront leurs capacités en lits successivement saturées entre le 18 mars et le 12 avril. Le scénario intermédiaire (taux de reproduction de 2,25) voudrait que 13 régions soient saturées : la Corse dès le 21 mars, puis la région Grand-Est le 28 mars, Bourgogne-Franche-Compté le 1er avril, la Bretagne le 6 avril, les Hauts-de-France le 7 avril, l'Auvergne-Rhône-Alpe le 10 avril et l'Île-de-France le 14 avril.
Selon Pascal Crépey, l'un des auteurs de l'étude, la France serait actuellement « entre le scénario 1,5 et 2,5 », ce qui laisse entrevoir la possibilité de voir plusieurs régions faire défaut dans les prochaines semaines. « En tant que modélisateur, mon espoir est que mon modèle se trompe », avoue-t-il au « Quotidien ». D'ailleurs, le confinement pourrait faire que le taux de reproduction soit plus favorable et passe dans les faits en dessous de 1.
La Corse, peu dotée en réa
Selon les dernières données de Santé publique France, la Corse du Sud a une prévalence de Covid-19 supérieure à 10 cas pour 100 000 habitants et entre 5 et 10/100 000 habitants en Haute-Corse. L'île de beauté est par ailleurs relativement peu dotée en lits de réanimation. « En temps normal, la plupart des patients critiques sont déjà envoyés sur le continent », précise Pascal Crépey.
Au cours de leur travail, les épidémiologistes ont dressé la liste des 138 hôpitaux français identifiés comme étant en capacité de traiter des cas de Covid-19, puis ont divisé la France en « zones d'influence » autour de ces établissements. La population de chacune de ces zones a été divisée en classes d'âge pour estimer plus finement l'impact de l'évolution de l'épidémie sur la charge de travail des services de réanimation. Les nombres de lits disponibles par établissement ont été quant à eux obtenus via les statistiques annuelles des établissements de santé.
Un impact sur le taux de mortalité
À la date du 18 mars, le taux de mortalité du coronavirus était estimé à 3,9 % en France selon Santé publique France. Ce taux pourrait être revu à la hausse si les hôpitaux sont débordés. « En Italie, on a pu observer que dès que les effectifs sont débordés et que les médecins doivent faire du triage, il y a un impact sur la mortalité, analyse Pascal Crépey, mais cette surmortalité est difficile à évaluer et dépend notamment des règles de tri qui pourraient être mises en place ». Un impact serait en outre plus important si plusieurs régions sont débordées de façon simultanée, ce qui réduirait les possibilités de transfert des patients critiques d'une région à l'autre.
Ce travail d'identification des régions les plus à risque de souffrir d'un afflux de patients critiques a été transmis au conseil scientifique mis en place par Olivier Véran. Pascal Crépey précise que ses résultats sont « en ligne » avec ceux obtenus par l'équipe de Simon Cauchemez (institut Pasteur), spécialiste dans la modélisation des épidémies et membre du comité scientifique.
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