Insuffisance rénale chronique

L’allopurinol décevant

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Publié le 03/07/2020
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L’hypouricémiant ne s’est pas révélé efficace en prévention de la progression de l’insuffisance rénale chronique.
Pas de différence dans les variations du taux de filtration glomérulaire

Pas de différence dans les variations du taux de filtration glomérulaire
Crédit photo : Phanie

L'allopurinol permettrait-il de ralentir la progression de l'insuffisance rénale chronique (IRC) ? Deux études académiques, randomisées versus placebo, répondent par la négative : l'une américaine (essai PERL) chez des sujets diabétiques ayant une maladie rénale débutante (1) et l'autre australo-néo-zélandaise (essai CKD-FIX) chez des patients ayant une IRC de stade 3 à 4 à risque de progression (2).

L'idée de tester l'hypouricémiant vient du fait que des taux élevés d'uricémie sont associés à un risque majoré d'apparition et de progression d'IRC. Pour autant, l'uricémie joue-t-elle un rôle causal dans la progression de l'IRC ou est-elle un marqueur indirect de la fonction rénale diminuée ou les deux ? La question n'était pas tranchée.

L'étude océanienne CKD-FIX a inclus au total 363 patients âgés en moyenne de 62 ans ayant une clairance de la créatinine comprise entre 15 et 59 ml/min/1,73 m2 à risque de progression ; l'étude PERL, 530 patients âgés en moyenne de 51,1 ans ayant un diabète de type 1.

Au terme d'un suivi respectif de deux et de trois ans, les études CKD-FIX et PERL n'ont pas mis en évidence de différence dans les variations du débit de filtration glomérulaire entre les groupes allopurinol et placebo.  

Dans un éditorial (3), le Dr Daniel Feig, de la faculté de médecine d'Alabama, nuance ces résultats obtenus dans des populations âgées. Pour ce néphrologue pédiatrique, « ces essais ne concernent pas une thérapie hypouricémiante, soit pharmacologique soit diététique, chez les patients plus jeunes ou chez ceux à des stades plus précoces d'IRC ».

(1) A Doria et al. NEJM, 2020. doi:10.1056/NEJMoa1916624
(2) S Badve et al. NEJM, 2020. doi:10.1056/NEJMoa1915833
(3) D Feig. NEJM, 2020. doi:10.1056/NEJMe2015886

Dr Irène Drogou

Source : Le Quotidien du médecin