Par le Pr Matthieu Peycelon (urologie pédiatrique, hôpital Robert-Debré, AP-HP ; centre de référence maladies rares Marvu ; université Paris-Cité), dans le cadre de la matinale Généraliste du Congrès français d’urologie (22 novembre 2025)
1 – De quoi parle-t-on ?
• Selon la définition de l’ICCS, l’énurésie correspond à des émissions d’urine pendant le sommeil, au moins deux fois par mois, chez un enfant de plus de 5 ans.
• On distingue :
- l’énurésie monosymptomatique (EME) : enfant sec le jour, sans troubles mictionnels associés – la forme la plus fréquente ;
- l’énurésie non monosymptomatique (ENME) : fuites nocturnes associées à pollakiurie, constipation, urgences ou infections urinaires.
• L’énurésie n’est pas une faute ni un trouble psychologique : il s’agit d’un retard de maturation des mécanismes de continence nocturne (capacité vésicale, seuil d’éveil, sécrétion d’ADH). Des facteurs familiaux sont retrouvés dans 70 % des cas : un parent qui était lui-même énurétique multiplie le risque par trois. Elle est aussi plus présente en cas de TDAH et de TSA.
2 – Quand y penser ?
• Toujours après 5 ans révolus.
Énurésie primaire : l’enfant n’a jamais été sec la nuit (forme la plus fréquente).
Énurésie secondaire : réapparition après au moins 6 mois de propreté. Rechercher alors un facteur déclenchant : infection urinaire, constipation sévère, stress, trouble anxieux, apnées du sommeil ou prise médicamenteuse (valproate, antidépresseurs).
3 – Quel bilan initial ?
• Facteurs favorisants à rechercher :
- constipation ou fécalome (jusqu’à 35 % des cas) ;
- boissons excessives le soir ;
- troubles du sommeil, ronflements ;
- facteurs psychologiques ou sociaux ;
- antécédents familiaux d’énurésie.
• En cas d’EME simple, aucun examen complémentaire n’est nécessaire.
La clé réside dans :
- l’interrogatoire ciblé (fréquence, contexte, troubles diurnes, transit, sommeil) ;
- un calendrier mictionnel bien tenu sur au moins 14 nuits (outil éducatif et diagnostique).
• Une échographie n’est nécessaire que s’il existe des signes diurnes et en cas d’antécédents d’infection urinaire.
Selon l’ICCS 2020, la bandelette urinaire (nitrite, glycosurie, densité urinaire) et l’évaluation de la constipation (par score de Bristol ou échographie sus-pubienne : diamètre rectal > 30 mm → stase rectale)) suffisent dans la majorité des cas.
4 – Peut-on éviter les traitements ?
Oui, le plus souvent, avec une efficacité > 90 %, si on prend le temps d’expliquer les principes de la discipline mictionnelle (je parle même d’orthophonie de la vessie) et qu’on s’assure qu’enfant et parents l’ont bien comprise.
• Les mesures comportementales incontournables sont :
- boire régulièrement la journée, limiter au dîner ;
- uriner avant le coucher ;
- traiter la constipation ;
- valoriser les progrès, éviter toute punition ;
- favoriser la motivation de l’enfant, gage d’efficacité.
Une approche familiale positive et déculpabilisante est essentielle.
5 – Quelles options thérapeutiques ?
• Pipi-stop (alarme)
Traitement de 1ʳᵉ intention dans l’EME, taux de succès entre 50 et 70 %.
Conditions : motivation, accompagnement parental, essai de 6-8 semaines minimum.
• Neurostimulation du nerf tibial
Les études récentes montrent que la stimulation électrique transcutanée du nerf tibial, appliquée de façon répétée et régulière, pourrait réduire la fréquence des épisodes et améliorer la capacité vésicale, en complément de l’alarme ou de la desmopressine, notamment chez les enfants résistants au traitement classique. Elle reste une option de 2e ligne, bien tolérée, sans effet secondaire significatif.
• Desmopressine
Indiquée si échec du pipi-stop.
Agit sur la polyurie nocturne (déficit en ADH).
Prise au coucher, sans aucune boisson ensuite.
Efficace chez 30-40 % des enfants ; risque rare d’hyponatrémie en cas d’excès hydrique (d’où l’importance d’avoir compris la discipline/éducation mictionnelle)
• En cas d’ENME ou formes mixtes
Traiter les troubles associés : constipation, infections urinaires, hyperactivité vésicale (urothérapie, Tens, voire parfois anticholinergiques si besoin). Une évaluation spécialisée (pédiatre ou urologue) est recommandée en cas de résistance.
Bibliographie
(1) Nevéus T et al: Management and treatmentof nocturnal enuresis-an updated standardizationdocument from the International Children’sContinence Society. J Pediatr Urol 2020; 16: 10–19.
(2) Haid B and Tekgül S. Primary and Secondary Enuresis: Pathophysiology, Diagnosis, and Treatment. Eur Urol Focus 2017; 3: 198–206.
(3) Montalva L. et al. Dysfonctionnements vésicaux diurnes non neurologiques et énurésie de l’enfant, EMC-Urologie, 2020.
(4) EAU/ESPU Guidelines on Paediatric Urology, Section Enuresis, 2025.
(5) ESPU Webbook, chapitre Functional lower urinary tract conditions in children, 2025.
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