Autisme : la musique serait neuroprotectrice chez les prématurés

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Publié le 02/04/2025
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À l’occasion de la journée mondiale de la sensibilisation à l'autisme, le « Quotidien » revient sur le colloque Autisme et musique qui s’est tenu en mars 2025 à Paris. Y ont été mis en avant les bénéfices de la musique en réanimation néonatale sur les fonctions développementales impliquées dans l’autisme.

Crédit photo : GARO/PHANIE

Chez les nouveau-nés prématurés, « la neuroprotection, l’ocytocine, la musique et l’autisme forment un tout très cohérent pouvant expliquer certaines bases neurologiques du lien entre musique et autisme », a expliqué le Pr Olivier Baud, chef du service de médecine et réanimation néonatale de Port-Royal (hôpital Cochin, AP-HP), lors du colloque Autisme et musique du 7 mars. Une conclusion que le chercheur en neurosciences et musicien tire de plusieurs années d’études cliniques explorant les mécanismes biologiques liés à l’audition chez les enfants prématurés.

La prématurité et un petit poids à la naissance augmentent la fréquence de l’autisme (et plus généralement des troubles du neurodéveloppement ou TND). Aujourd’hui, la réanimation d’un enfant prématuré est possible dès 24 semaines d’aménorrhée (SA), âge auquel la fonction cochléaire est fonctionnelle. Les composants de l’oreille interne, eux, se développent à partir de 15 SA.

La réanimation : un cadre hostile et imprévisible

La transition entre l’environnement intra-utérin et le service de réanimation néonatale est « un choc brutal  », décrit le Pr Baud.  »In utero, les sons sont ténus, filtrés, organisés et de nature musicale : battements de cœur et paramètres musicaux du langage tels que la prosodie, le rythme, la mélodie de la voix », poursuit-il.

En réanimation, le nouveau-né prématuré est livré à un environnement non seulement inhabituel mais aussi « hostile ». « Les sons sont imprévisibles, agressifs », ajoute le néonatalogiste. Les bébés y sont exposés de manière constante à un niveau sonore très fort, supérieur à 45 décibels durant 94 % du temps, pouvant monter jusqu’à 60 dB (ventilateur, CPAP). Pour rappel, l’Organisation mondiale de la santé définit 40 dB comme cible d’exposition maximale aux bruits environnementaux la nuit, « pour protéger le public, incluant les groupes les plus vulnérables à savoir les enfants, les malades chroniques et les personnes âgées ».

S’ajoute à cela la séparation des parents et donc une déprivation soudaine et totale de la voix parentale entendue auparavant constamment. Lorsque l’enfant prématuré est admis en réanimation, ces bouleversements peuvent influencer l’équilibre hormonal et le faire pencher en faveur des hormones de stress pro-inflammatoires (cortisol), au détriment des hormones neuroprotectrices (ocytocine).

La musique aide au développement cognitif

Les fonctions auditives ne sont pas les seules concernées par l’altération des mécanismes biologiques liés à la prématurité. Après 24 SA, leur développement s’accompagne de celui des régions de la mémoire et du traitement des émotions, à travers le relargage d’ocytocine. Cette hormone joue un rôle important dans la neuroprotection et son déséquilibre peut avoir un effet négatif sur les fonctions comportementales.

C’est là que la musique prend toute son importance. Des études ont montré son influence sur la connectivité du réseau de saillance, point central d’autres réseaux neuronaux impliqués dans le développement limbique et socioémotionnel dont le Default Mode Network (DMN) qui régit la concentration, le contrôle comportemental et la cognition. La musique contribue à la maturation structurelle cérébrale précoce et longitudinale de la substance blanche et du cortex. Ce qui accroît la complexité corticale dans des régions importantes pour le développement socioémotionnel, altéré chez les prématurés. Elle permet encore d’augmenter le volume des amygdales cérébrales jusqu’à un niveau proche de celui des enfants nés à terme.

Autre alternative à la musique : une étude préclinique sur des souris a montré que la stimulation de production d’ocytocine neuronale influence positivement la réactivité de la microglie et le développement du cerveau. Cette piste reste à explorer chez l’humain.

Musicothérapie dans l’autisme : que sait-on aujourd’hui ?

En 2019, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publie un rapport sur l’ensemble des arts et leur influence sur la santé physique, les relations sociales et les comportements favorables au bien-être. L’intérêt grandit ces dernières années pour la musicothérapie. Où en sommes-nous en 2025 ?

Une étude a observé par IRM fonctionnelle (IRMf) une augmentation des scores de communication sociale et de connectivité auditivo-fronto-motrice, chez des personnes autistes, après 8 à 12 semaines de séances de musicothérapie. Une autre a observé une baisse du taux d’alpha-amylase, un marqueur de l’anxiété, après une seule séance.

En 2022, une méta-analyse Cochrane conclut (niveau de preuve de certitude modérée) à l’intérêt à court et moyen terme de la musicothérapie dans l’autisme. L’intervention musicale était plus fréquemment associée à une amélioration globale des personnes (risk ratio RR 1,22) comparée au soin standard ou à une thérapie « placebo ». Elle participe aussi à une réduction de la sévérité des symptômes (différence moyenne standard -0,83).

Il est toutefois difficile de réaliser des essais cliniques avec un niveau de preuve satisfaisant pour établir des recommandations. Par exemple, les essais en double aveugle sont souvent impossibles à mettre en place.

Le 18 mars 2025, le sénateur Jean-Raymond Hugonet a demandé la reconnaissance de la musicothérapie comme discipline médicale, refusée par la ministre déléguée Charlotte Parmentier-Lecocq. Pour le Pr Philippe Evrard, neuropédiatre, légiférer serait une erreur : « La musique peut certainement avoir un effet thérapeutique. Mais l’usage du terme musicothérapie présente des risques : ce n’est pas une thérapie démontrée de façon contrôlée. »


Source : lequotidiendumedecin.fr