La France n'en finit pas d'étonner les chercheurs des autres pays occidentaux. Au lieu de concentrer les moyens réduits d'une puissance moyenne sur des équipes d'excellence, les pouvoirs publics optent pour le saupoudrage. L'aménagement du territoire, l'accès aux soins sont les arguments invoqués, quel que soit le gouvernement. La recherche dans le cancer en est une brillante illustration. À la création d'un nouveau dispositif ou de l'octroi d'un label, le même phénomène est observé. Sylvain Bayle et Emilien Schultz (opus cité) retracent l'histoire de la mise en place des essais précoces en France à travers la création des Clips. Au départ, et dans le cadre d'un début de partenariat avec le National Cancer Institute, l'objectif pour la France est bien de s'insérer dans la compétition internationale féroce dans ce domaine. Mais très vite, se greffent d'autres enjeux comme celui de les inscrire « dans une couverture nationale de santé », écrivent les auteurs. Résultat, certains centres où l'activité d'essais précoces est encore en devenir obtiennent le label. D'autres pourtant plus expérimentés sont recalés. Conséquence, ils perdent en crédibilité auprès des promoteurs industriels. Et sont alors contraints d'arrêter leur activité. Pour autant, l'Inca, à la suite de l'Institut Gustave-Roussy (Villejuif) qui a joué un rôle pionnier dans ce domaine, a contribué à l'implantation en France d'une alternative aux essais randomisés.
L'Inca, la seule agence focalisée sur une pathologie
Cette force de frappe de l'Inca dans la structuration de la recherche française est reconnue par tous les acteurs. Mais la mission serait loin d'être achevée. Et la concurrence dans ce domaine serait encore vive. Jérôme Aust, Patrick Castel, Audrey Vézian (Opus cité) retracent l'histoire de la création de l'Inca. Elle est à ce jour la seule agence sanitaire et scientifique mise en place autour d'une pathologie en France. Avancée majeure, la recherche sur le cancer n'est désormais plus soumise aux aléas de la politique budgétaire. Et dispose de marges de manœuvre propres. Et c'est bien le pouvoir politique, à savoir Jacques Chirac, président de la République, qui contribue à sa naissance. Le ministère de la Recherche n'a pas alors réussi à convaincre l'autorité politique à installer cette nouvelle agence sous le protectorat de l'Inserm par exemple. D'où selon les années et les hommes, des tensions plus ou moins fortes entre les organismes de recherche et l'Inca.
Opération table rase ?
Comment éviter la dispersion alors que le cancer relève plus du domaine de recherche que d'une discipline scientifique au périmètre bien défini ? Bref, un large champ de la recherche sur le cancer échappe encore au contrôle exercé par l'Inca. Cet inachèvement s'expliquerait d'abord par le fait que la création de l'Inca ne s'est pas accompagnée d'une opération table rase. Les institutions de recherche existantes n'ont pas été supprimées. L'Inca a ainsi agi comme un agent majeur de coordination. Et n'a pas procédé à l'élimination de la concurrence institutionnelle. Faut-il parler ici de singularité culturelle ?
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