A l’aube du 5e anniversaire de la mise en place du DIU Soigner les soignants, trois étudiants de la promotion 2019-2020, le Dr Nathalie Lajzerowicz, médecin addictologue hospitalier (Gironde), le Dr Habib Sangéré, médecin généraliste (Gironde), et le Dr Emilie Vanutrin-Cesareo, médecin généraliste (Eure-et-Loir) ont scruté le profil des 50 diplômés de ce « nouveau métier dans notre système de santé » afin de considérer l’adéquation de l’impact « sur le terrain » de cet enseignement avec les objectifs initiaux établis par ses promoteurs universitaires. Comment y parvenir ? En questionnant les promotions précédentes sur leur retour sur l’enseignement et les conséquences qui en ont découlé.
Encouragés par les formateurs, les trois médecins étudiants ont choisi d’établir un « point d’étape » après trois années d’une formation novatrice, autant pour les enseignants que pour les participants. Comme toute nouvelle approche, le DIU Soigner les soignants suscite des interrogations, parfois de la méfiance. Il séduit, fait espérer mais déçoit parfois. Pour quelles raisons ?
Avec un peu de recul, 82 % des 40 participants à l'enquête estiment que la formation correspondait à leurs attentes. C’est avant tout l’attente des participants qui va influer sur leur ressenti de la formation. Ainsi, certains y arrivent avec un vécu personnel douloureux et le DIU devient le lieu qui donne une légitimité à leur souffrance. Certains ont déclaré avoir attendu de cette formation un « outillage » clinique précis et pratique pour aborder un confrère en souffrance. Ils recherchaient un projet clinique, défini, structuré et opérationnel.
Mais si ce n’était pas le cas, c’est aux soignants de mettre en place – souvent seuls hélas – les principes appris afin d’inventer ce métier qui n’existe pas encore et qui est source de perplexité chez bien des médecins. Même formés, ils disent se sentir irrémédiablement seuls dans le colloque singulier avec le confrère malade.
Une formation riche
Selon les diplômés des trois premières promotions, le contenu de l’enseignement porte surtout sur les risques psycho-sociaux, les dispositifs de prise en charge dont l’entraide ordinale, le repérage des confrères en difficulté, les spécificités psychiques des soignants – en particulier le déni et le curriculum caché. Les étudiants mettent aussi en avant l’intérêt des cours sur l’erreur médicale, l’auto-soin et l’imprévoyance du libéral. Le choix d’un enseignement permettant le partage d’expérience et l’auto-évaluation a été vécu très positivement.
Globalement, huit étudiants sur dix estiment ressortir de cette année avec des connaissances supplémentaires. Ils retiennent avant tout la prise de conscience collective, l’implication des Conseils Départementaux de l’Ordre, et la mise en réseau des différentes associations. Ils soulignent aussi que le DIU est centré sur le soin, mais que la dimension prévention primaire qui est pourtant essentielle n’est pas ou rarement abordée. Or, c’est un axe que beaucoup attendaient, pour eux-mêmes bien sûr, mais aussi et surtout pour les étudiants et les internes qu’ils fréquentent dans leur activité quotidienne.
De façon très majoritaire, les médecins répondants ont souligné par ailleurs que cette formation avait été un déclic pour mieux prendre soin d’eux-mêmes, d’éviter les horaires à rallonge, de faire de sport ou de se consacrer à des loisirs. Certains ont même décidé de choisir un médecin traitant au sortir de la formation.
Un métier en devenir
La dimension interactive du DIU est appréciée. De nombreux participants ont eu le sentiment de passer une année de formation en « plein laboratoire », non pas comme simple étudiant, mais comme participant actif à l’élaboration d’un puzzle en cours. Le métier qui devrait découler du DIU n’existe pas encore, ses contours se dessinent, mais ses financements, sa légitimité et son fonctionnement restent encore à définir. « C’est passionnant, mais insuffisant ».
Et après, une fois diplômé ? « Être titulaire du diplôme n’ouvre pas de porte professionnelle », estiment les auteurs du mémoire sur la foi du retour d'un nombre important de participants. Ils ajoutent « que la surreprésentation des Conseils Départementaux de l’Ordre des Médecins, des URPS et des associations déjà existantes laisse penser que le DIU est un vivier de "petites mains" qui ont pour vocation de s’intégrer à des structures existantes ».
Pour beaucoup, l’après DIU est cependant qualifié de « vide », un axe sur lequel les enseignants doivent désormais travailler pour valoriser la formation. Si neuf diplômés sur dix souhaitent mettre en place ensuite des actions concrètes de type formation ou sensibilisation à la problématique, beaucoup pointent l'absence de relais sur le terrain pour accompagner la dynamique.
Les retours des étudiants vont permettre d’insuffler une nouvelle dynamique au DIU afin que tous les soignants — y compris ceux qui ne sont pas déjà intégrés dans des associations ou des instances d’aide – puissent trouver une place, des moyens d’action et des relais concrets dans leur territoire.
Lajzerowicz N., Sangaré H., Vautrin-Cesareo E. Evaluation du DIU Soigner les soignants: Etude de satisfaction et mesure d’impact auprès des 50 médecins des trois premières promotions
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