Dans la lutte contre la pandémie, l’immunité collective est-elle un objectif atteignable ? Une première étude espagnole avait jeté le doute en juillet dernier : malgré un système de santé débordé par la prise en charge des patients sévèrement atteints de Covid-19, la proportion de la population ayant développé des anticorps contre le SARS-CoV-2 restait modeste (5 % de la population). Une nouvelle étude américaine, publiée dans « The Lancet », confirme des taux de séroprévalence faibles, malgré une forte pression sur le système de soins aux États-Unis.
Moins de 5 % de séropositifs à l'ouest du pays, plus de 25 % au nord-est
Des chercheurs de l’université de Stanford ont analysé les échantillons de plasma de 28 503 patients ayant reçu une dialyse en juillet 2020, collectés auprès d’un laboratoire central recevant des échantillons d'environ 1 300 installations de dialyse à travers les États-Unis.
« La population échantillonnée avait une répartition par âge, sexe, race et origine ethnique similaire à celle de la population américaine sous dialyse, avec une proportion plus élevée de personnes âgées, d'hommes et de personnes vivant dans des quartiers à majorité noire et hispanique que dans la population adulte américaine », notent les auteurs.
Il ressort de leur analyse une « séroprévalence de 8 % dans l'échantillon, de 8,3 % après ajustement sur la population de dialyse américaine, et de 9,3 % après normalisation sur la population adulte américaine, détaillent les chercheurs. Lorsqu'elle était normalisée sur la population de dialyse américaine, la séroprévalence variait de 3,5 % dans l'ouest à 27,2 % dans le nord-est. »
Leurs résultats montrent également que les résidents de quartiers à prédominance noire et hispanique présentaient des risques de séropositivité plus élevés, respectivement multipliés par près de quatre et plus de deux (rapport de cotes 3,9 et 2,3). Les taux d'infection variaient de 11,3 % à 16,3 % dans ces quartiers contre 4,8 % dans la population blanche majoritairement non hispanique. La probabilité d’être infecté était également 10 fois plus élevée dans les quartiers les plus denses.
Moins de 10 % des séropositifs ont été diagnostiqués
Par ailleurs, en comparant les données de séroprévalence de leur étude avec le nombre de cas pour 100 000 habitants, documenté par l'université Johns-Hopkins, les auteurs estiment que seulement 9,2 % des patients séropositifs ont été diagnostiqués.
« Cette recherche confirme clairement qu'en dépit des taux élevés de Covid-19 aux États-Unis, le nombre de personnes ayant des anticorps est encore faible et nous n'avons pas encore atteint l'immunité collective. Tant qu'un vaccin efficace ne sera pas approuvé, nous devons nous assurer que les populations les plus vulnérables sont ciblées par les mesures de prévention », commente une des auteurs, la Pr Julie Parsonnet.
Même si leur échantillonage est imparfait, les auteurs estiment que leur étude d'envergure nationale est une piste pour une stratégie de surveillance permettant des estimations de la propagation du SARS-CoV-2, notamment parmi des populations défavorisées et parfois difficiles d’accès aux États-Unis. Selon eux, ce type de surveillance permet de « faciliter les stratégies efficaces ciblant les communautés et individus les plus à risque », mais aussi de mesurer l’efficacité des interventions.
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