Comment le CHU de Nantes se prépare au pic de Covid-19

Publié le 18/03/2020

Crédit photo : S. Toubon

« Tout le monde redoute que l’Ouest bascule comme l’Est de la France d’ici quelques jours », s’alarme Christophe Le Tallec, vice-président du collectif Inter-Urgences et aide-soignant au CHU de Nantes. Depuis le passage au stade 3 de l'épidémie Covid-19, les responsables du CHU et de l’ARS Pays-de-la-Loire sont sur le pied de guerre pour une riposte graduée : lits de réanimation doublés, secteur de médecine bloqué, médecins retraités et externes en renfort au Samu. Mais les masques FFP2 manquent toujours.

13 patients Covid-19 confirmés ou suspectés étaient hospitalisés en réanimation en Pays-de-La-Loire ce mardi 17 mars au soir : 3 au CHU de Nantes, 2 à Angers et 8 dans les hôpitaux périphériques. « Nous avons de la marge pour le moment, mais la vague épidémique va bientôt toucher notre territoire, ce n’est qu’une question de jours », a indiqué le directeur de l’ARS Jean-Charles Coiplet lors d’un point de situation.

Vendredi dernier déjà, l’ARS avait annoncé le doublement des capacités en réanimation au sein des CHU de Nantes et Angers, passant de 180 à 360 lits en 24 heures, suite à la déprogrammation de la chirurgie non-urgente, comme le prévoit le plan blanc.

Le dernier décompte officiel, en date du 16 mars à 19 heures, faisait état de 109 cas en Pays-de-la-Loire. Dernier décompte en raison du passage au stade 3 et de la fin des tests de diagnostic systématiques. Si la région reste actuellement l’un des territoires les moins touchés de France, « on est en réalité très loin des chiffres annoncés par les autorités, estime Christophe Le Tallec. De très nombreuses personnes sont porteuses et n’ont pas été diagnostiquées », ajoute-t-il. Comme sur l’ensemble du territoire.

Réorganisation à tous les niveaux

Jusqu’à présent, tous les patients testés positifs en région Pays-de-la Loire ont été hospitalisés. Des hospitalisations d’emblée qui ne pourront plus être la règle d’ici quelques jours, lorsque le nombre de cas augmentera subitement, comme l’explique la directrice par intérim du CHU de Nantes : « Le maintien à domicile par la médecine de ville va devenir la règle dans les formes légères, de façon à réserver les places en réanimation aux formes sévères », souligne Lætitia Micaelli-Flender, directrice générale par interim au CHU de Nantes.

Au CHU de Nantes, une cellule de crise a notamment pris les mesures suivantes : déprogrammation de toutes les consultations et interventions chirurgicales non urgentes, augmentation des capacités en médecine et réanimation, mise en place d’un comité stratégique avec gouvernance médicale soignante administrative et scientifique, focalisation des activités de recherche sur le Covid-19.

En termes d’effectifs, la directrice générale indique « ne pas avoir de difficultés de fonctionnement à ce jour en termes de personnel médical ou non médical ». Les personnels administratifs, confinés pour le moment, seront mobilisables en cas de besoin. Par ailleurs, l’ensemble des écoles paramédicales ont été fermées.

Le Samu 44 déjà saturé mais les renforts arrivent

« Nous recevons actuellement environ 3 300 appels/jour en moyenne soit entre 2 fois et 2,5 fois plus qu’habituellement », souligne le Dr Joël Jenvrin, responsable médical du Samu 44. Les 24 positions de travail permettant de décrocher en temps normal sont en passe d’être doublées d’ici la fin de cette semaine. « En plus de ces progrès techniques, il faut maintenant mettre des moyens humains supplémentaires pour décrocher », ajoute le Dr Jenvrin.

« Une centaine d’étudiants en médecine se sont portés volontaires comme assistants de régulation médicale. Nous avons aussi reçu une centaine de candidatures de médecins généralistes installés ou retraités pour épauler notre régulation médicale », indique le Dr Jenvrin, saluant « une mobilisation extraordinaire ». Étudiants et généralistes seront formés en accéléré dans les prochains jours.

Des masques au compte-gouttes

Concernant les masques, le décalage entre les annonces gouvernementales et la pénurie sur le terrain devient très difficilement supportable pour les soignants en première ligne. « Les masques nous sont distribués au compte-gouttes, faute de stock suffisant. La logique voudrait que tous les personnels soignants en réanimation et aux urgences portent un masque FFP2. Mais il n’y en a pas assez et les derniers distribués sont périmés ! On sait que le stock d’État n’a pas été renouvelé sous Xavier Bertrand. Les pouvoirs publics n’ont pas anticipé le risque épidémiologique majeur auquel nous faisons face », déplore le vice-président du collectif Inter-Urgences, Christophe Le Tallec.

Les internes prêts pour assurer les gardes

« Pour l’instant, la situation est sous contrôle mais vu la cinétique dans l’Est de la France, on s’attend à une explosion assez rapide », indique Jules Lecomte, interne en réanimation au CHU de Nantes et président du bureau des internes. « Nous allons prêter main forte à l’ouverture de lignes de garde supplémentaire dans les services de réanimation et de soins intensifs qui vont prendre en charge les patients infectés », précise-t-il. Pour l’instant, les internes travaillent aux horaires habituels. Mais la direction pourra faire appel à eux sur des plages horaires élargies si besoin, via les mesures de déplafonnement annoncées.

Sophie Cousin, correspondante à Nantes

Source : lequotidiendumedecin.fr