Alors même que Eve Parier, directrice générale du Centre national de gestion (CNG) des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (FPH), annonce le 9 novembre 2021 que 6 300 candidats se sont présentés au concours de PH nouvelle mouture (contre 4 000 en 2020), on entend de plus en plus parler de démissions en cascades des PH.
Où partent ces PH démissionnaires ? Faire autre chose pour certains, mais surtout de l’intérim et parfois même au sein de leur ancien service. « C’est pour éviter – après m’être montré disponible pendant les premiers 18 mois COVID - d’être contacté sur le What’app du service avec un ton culpabilisateur à chaque fois qu’il manquait une personne de garde que, entre autres raisons, j’ai quitté mon service. En cette période de pénurie, j’ai proposé de revenir comme intérimaire, ce qui a été accepté par le chef de service et les RH. En effet, pour qu’un intérimaire soit efficace, il faut qu’il connaisse les procédures de l’hôpital. Je suis rassuré, eux aussi; et moi j’ai gagné la liberté de dire Non quand je me sens trop sollicité », analyse Jeremy, 36 ans, urgentiste de grande banlieue parisienne, récent démissionnaire d’un poste acquis il y a 5 ans.
Cette tendance aux démissions suivies d’un intérim est plutôt médiatisée chez les IDE, mais elle a émergé plus récemment chez les médecins. Une réponse à l’envie de mieux gagner sa vie ? Pas seulement. Les mauvaises conditions de travail (planning, sous-effectif, manque de matériel, rappel sur congés, conditions dégradées, impact du management…) et la perte de sens d'une mission qui est avant tout vécue comme un travail en équipe, sont mises en avant par les démissionnaires. « Les maux s’accumulent, durent et lassent les plus aguerris » estimaient il y a peu des représentants des hôpitaux d’Ile de France dans une tribune dans Le Monde.
« Les services hospitaliers ont enchainé les crises avec plus ou moins de réussite. Et aujourd’hui, alors qu’on aurait besoin de renfort, c’est l’inverse qui se produit. Nous sommes devenus totalement dépendants des plannings des intérimaires, mais plus généralement des plannings personnels des soignants, y compris des plus jeunes. Les annonces concernant la loi RIST (plafonnement du tarif des intérimaires) ont récemment ajouté une tension supplémentaire démoralisante pour certains PH qui avaient imaginé une porte de sortie vers l’intérim pour eux aussi », analyse le Dr André de Caffarelli, chef du pole Urgences-réanimation à l’hôpital de Bastia.
Gérer son temps
L’intérim médical est-il la solution pour améliorer sa qualité de vie ? Tous les médecins interrogés mettent en avant une possibilité de gérer leur temps. Néanmoins, la grande majorité des annonces se concentre sur des plages horaires peu attrayantes : nuits, week-ends, vacances scolaires… En outre, difficile de se « concocter » un planning idéal à proximité de son domicile, il faut donc aussi prendre en compte les déplacements. A cela, s’ajoute la nécessité de cotiser à une assurance pour pallier les pertes de revenu en cas de maladie. L’impact médico-légal éventuel d’un exercice dans un service dont on ne connaît pas les procédures est aussi limitant. D’un point de vue plus personnel enfin, il ne faut pas occulter la difficulté à obtenir des prêts en l’absence de CDI et les risques liés aux changements structurels plus ou moins anticipés (Loi RIST, embauche de PH rendue plus facile par la suppression des conditions d’ancienneté au concours…).
En dépit de ces potentiels écueils, l’engouement pour l’intérim reste présent, en particulier chez les trentenaires dans les services à garde. « La rémunération et les conditions de travail à l’hôpital ne sont plus attrayantes depuis longtemps. Nos collègues seniors ne nous incitent pas à continuer dans le public en raison des difficultés qu’ils rencontrent. Dans le privé, c’est le forfait « urgences privées » qui diminue la rémunération des médecins libéraux qui est devenu un frein. Alors, le plus simple en début de carrière, c’est devenu l’intérim pour beaucoup de jeunes qui ont encore peu de contraintes familiales », illustre Olivia Fraigneau, présidente de l’Association des Jeunes Médecins Urgentistes.
Quel serait l’exercice idéal pour les PH démissionnaires et les intérimaires ? Loin d’idéaliser l’intérim, la plupart espèrent, qu’un jour, ils pourront retravailler en équipe dans un établissement avec un CDI. Mais ce retour n’est imaginé qu’en étant mieux payé pour les nuits et des week-ends, avec un projet commun avec d’autres soignants et des moyens pour le mener à terme, et en respectant le travail effectué et le temps de travail.
Eve Parier, à l’occasion de Santexpo, précise que la simplification du concours de PH a crée un appel d’air pour des personnes éligibles qui n’avaient jusque là pas sauté le pas. Les praticiens seront désormais retenus sur leur projet professionnel, leur motivation, leur capacité à intégrer une équipe et travailler avec elle. Si grâce à ces mesures les services hospitaliers arrivent à recruter, il est fort probable que l’exercice de PH retrouve en partie son attrait.
Santé des soignants : deux prix pour valoriser l’engagement des blouses blanches pour leurs pairs
Accès aux soins psy : l’alerte de la FHF
Directeur d’hôpital, un « métier exigeant et d’engagement » dont il faut « prendre soin », plaide l’ADH
Padhue : Yannick Neuder promet de transformer les EVC en deux temps