Le plus vieil hôpital de Paris reste entre deux eaux, les urgences au ralenti, des étages entiers à l’arrêt. Après la plupart des autres services, la médecine interne et le laboratoire d’anatomie pathologique ont rejoint Cochin. Les pousse-seringues et les tensiomètres prennent la poussière. Même l’hôtel Hospitel, au dernier étage, n’héberge plus personne, ni touriste, ni patient.
Après des années de valse-hésitation, le sort de l’Hôtel-Dieu a failli être fixé au retour de l’été. Et puis non, la Commission médicale d’établissement (CME) a prié Martin Hirsch, le directeur général de l’AP-HP, de revoir sa copie. Le retour des camions de pompiers est vécu comme un casus belli. « On s’y opposera tant qu’on ne nous a pas prouvé que ça marchera », affirme le Pr Loïc Capron. Le président de la CME de l’AP-HP estime qu’accueillir des urgences lourdes dans un hôpital désossé, sans réanimation ni chirurgie, est une menace pour la sécurité des soins.
Martin Hirsch peine à s’imposer sur ce dossier sensible qui a coûté son poste à son prédécesseur, Mireille Faugère. Dans la foulée de sa prise de fonctions, fin 2013, il avait commencé par renoncer au transfert du siège de l’AP-HP à l’Hôtel-Dieu, sans toutefois s’engager à rétablir les urgences. En février, il réaffirme « la vocation médicale » de l’Hôtel-Dieu. Il nomme un groupe de travail, en prenant soin d’y intégrer les Prs Fagon et Lombrail, artisans du concept d’« hôpital universitaire de santé publique » cher à Mireille Faugère.
« Nous avons auditionné tous les gens qui avaient un projet devant rentrer dans l’Hôtel-Dieu : la psychiatrie, l’hospitalisation à domicile, la médecine du sport... », relate un PU-PH membre du groupe. Six réunions plus tard, aucune conclusion formelle ne se fait jour.
Tensions avec la CME
Arrive le rapport - officiel - de Pierre Carli sur les urgences à l’AP-HP, et ses propositions pour l’Hôtel-Dieu (médecine ambulatoire, HAD, soins aux personnes âgées, volet social...).
La réunion du directoire de l’AP-HP, début septembre, est tendue. Martin Hirsch réaffirme que l’Hôtel-Dieu doit rester un hôpital. Il se prononce en faveur du retour de certains lits. Piqué que les votes de la CME ne soient pas respectés, le Pr Capron se braque. La question des urgences reste épidermique. « On n’en veut plus », tranche-t-il. Cet épisode signe le retour de la CME dans la boucle de réflexion. Un groupe de travail - un de plus - est mis sur pied. Les conclusions sont attendues pour avril. Ni la mairie de Paris, ni les syndicats ne relâchent la pression. Le président de la CME de l’AP-HP veut croire à une issue consensuelle. À 65 ans, le Pr Capron joue l’une de ses dernières manches. Son mandat s’achève fin 2015. « Je ne suis pas candidat à ma succession », dit-il pour lever toute ambiguïté.
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