Il vient de commencer un périple qui le verra sillonner, six mois durant, les routes de Nouvelle-Aquitaine. Depuis ce 4 février, le camion de dermatologie itinérante Mobil’Derm étrenne en effet ses premiers tours de roue en désert médical. L’objectif affiché est double : améliorer l’accès des patients isolés à des spécialistes et favoriser leur réintégration dans le parcours de soins.
« Au dernier recensement, la France comptait 2 880 dermatologues libéraux actifs en 2025 contre 3 758 en 2010, dont près de 30 % de praticiens âgés de plus de 60 ans », témoigne la Pr Marie Beylot-Barry, cheffe du service de dermatologie au CHU de Bordeaux et cheville ouvrière de Mobil’Derm. Il aura fallu près de deux ans pour que cette membre de la Société française de dermatologie (SFD) voie son projet se concrétiser, avec l’appui de la Fondation Renault qui a permis d’acquérir un véhicule adapté et équipé. Si le montant de la dotation financière est assorti d’une clause de confidentialité, la Pr Beylot-Barry évalue à 200 000 euros annuels le coût du projet. Le fonds de dotation de la SFD aura besoin d’autres donateurs pour développer l’initiative à l’échelon national.
Assistant(e)-secrétaire-chauffeur
Dans le détail, ce camion pionnier est conçu pour recevoir et examiner des patients dans un cadre médical, avec un bureau, des chaises, une table d’examen et une lampe scialytique murale. Connecté à internet, il permet également, outre l’examen des patients, de faire des biopsies et de réaliser de la cryothérapie. Un dermatoscope et une lampe de Wood sont aussi disponibles.
À son bord, un des trente-cinq médecins (majoritairement libéraux) dermatologues de la région qui ont, pour l’heure, spontanément adhéré à ce projet. La participation se fait sur la base du volontariat mais les praticiens sont dédommagés entre 300 et 500 euros par jour.
Plein de gens sont venus pour caler avec moi un rendez-vous dermato !
Dr Philippe Cossard, généraliste au Mas d'Agenais
Chacun est accompagné d’un ou d’une assistant(e)-secrétaire-chauffeur pour effectuer sa tournée. Les patients sont accueillis dans une structure existante, une maison ou un centre de santé ou encore une mairie, pour attendre leur consultation, à proximité du camion. Les prises de rendez-vous se font en ligne sur la plateforme Doctolib. Les personnes qui viennent consulter sont prioritairement adressées par les médecins généralistes qui participent à l’opération.
Prochaine étape : les Hauts-de-France
C’est ainsi le cas au Mas d'Agenais, commune de Dordogne de quelque 1 500 habitants, où le camion Mobil’Derm a fait étape en ce début février à côté du centre médical de l’association Médecins solidaires. Deux semaines plus tôt, le Dr Philippe Cossard, médecin généraliste de 70 ans venant y faire un remplacement, s’est pris de plein fouet l’afflux soudain de patients, prévenus du passage prochain de Mobil’Derm. « J’avais pris ma rotation la semaine du 19 janvier, se souvient-il. Plein de gens sont venus pour caler avec moi un rendez-vous dermato ! »
Après la Dordogne, la Charente, la Creuse et la Corrèze seront les prochains départements où se rendra le camion Mobil’Derm, avant que de poursuivre sa route, à partir de septembre, vers les patients des Hauts-de-France. Les porteurs du projet sont déjà en train de se mettre en relation avec les acteurs locaux (Ordres départementaux, ARS, CPAM et CPTS) et les dermatologues de la région pour cartographier, en amont, le maillage territorial le plus pertinent.
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