En affichant moins d’un quart de votants aux élections pour les Unions régionales de professionnels de santé (URPS ML), les syndicats de médecins libéraux ont été clairement désavoués par leurs électeurs.
Cette défaite générale — malgré les communiqués de victoire des leaders syndicaux des huit listes en compétition — n’a soulevé que peu de commentaires dans le landerneau du monde de la santé, affichant ainsi un autre signal de la déshérence des médecins libéraux.
Ceci se produit alors même que la présence active du corps médical dans la prise en charge de la pandémie aurait pu permettre aux médecins de ville d’occuper la première place dans le cœur des Français.
Trois facteurs explicatifs pour comprendre une défaite collective
Les raisons de ce paradoxe sont de plusieurs ordres :
- Des programmes électoraux quasi identiques que l’on peut résumer en quelques mots : « moins de contraintes et plus d’argent ». Des slogans peu crédibles ni mobilisateurs au moment où la nécessité de leur implication dans la campagne sanitaire aboutit à un allégement des contraintes, à la ville comme à l’hôpital. Sans oublier l’informatisation qui facilite les relations avec l’Administration et ce, au moment où bien d’autres professions connaissent des difficultés financières plus préoccupantes.
- Un « émiettement » des positions syndicales, incompréhensibles pour les électeurs qui l’attribuent davantage à une guerre d’égo qu’à une offre véritablement différentiée.
- Un réflexe de « citadelle assiégée » face à la nécessaire délégation de tâches à d’autres personnes compétentes, de collaboration avec d’autres professionnels de santé — infirmiers et pharmaciens notamment — alors même qu’est dénoncée la surcharge de travail : contradiction insoutenable.
Quatre paris à relever pour réconcilier les médecins avec leur environnement
Dans ce contexte, quelles sont les conditions du renouveau ? On semble aujourd’hui avoir atteint le bout du chemin de la défiance. La question est désormais celle du comment désormais organiser la réconciliation ?
- D’abord celle des médecins avec eux-mêmes : en cessant d’opposer praticiens hospitaliers et libéraux, médecins généralistes et spécialistes, professionnels secteurs 1 et 2, médecins de campagne et de ville.
- Ensuite, il faut davantage exploiter l’intelligence collective comme cela se pratique dans de nombreuses formes de regroupement de l’exercice médical.
- De plus, la profession doit sortir d’une posture exclusivement défensive pour promouvoir ce qui fait la valeur et la qualité de son identité, quitte à dénoncer non pas seulement l’incurie des autres mais celle de ses « moutons noirs ».
- Corollaire des propos précédents, un aggiornamento avec les autres professionnels de santé est indispensable. En reconnaissant leurs compétences accrues et leur participation active et efficace au parcours de soins et à la prise en charge des pathologies chroniques, ce qui emporte de promouvoir et non pas de décrier d’autres formes de rémunération que le paiement à l’acte.
- Dernier enjeu, la relation avec les patients eux-mêmes qui font confiance à leur compétence mais attendent davantage de présence bienveillante, d’humanité, de respect et d’écoute.
Gageons que le syndicat qui ferait ces quatre paris, dans son programme et sa pratique remporterait les prochaines élections professionnelles. Il est urgent de comprendre la situation et d’agir. Le temps pour la médecine libérale française !
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