L’essor de la télémédecine

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Publié le 23/04/2021
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Effet collatéral de la pandémie de Covid-19 et notamment du premier confinement, la télémédecine a connu un incroyable essor au cours de la dernière année. Il était, dès lors, licite de s’interroger sur les résultats de ce suivi non présentiel sur l’équilibre du diabète et d’analyser les points forts et limites de cette approche.
Les glycémies se sont globalement améliorées pendant le confinement

Les glycémies se sont globalement améliorées pendant le confinement
Crédit photo : phanie

Parmi les études réalisées dans le contexte du confinement, un travail monocentrique, Confi-Diab, mené sur une cohorte de 870 patients régulièrement suivis au CHRU de Nancy, a comparé la qualité de l’équilibre du diabète avant (données sur les 6 mois précédents) et 6 semaines après le confinement au printemps 2020. L’expérience est plutôt positive dans cette population majoritairement diabétique de type 2 (63 %, 70 % d’hommes, âge moyen 65 ans, 82 % sous insuline), puisque l’HbA1c s’est globalement améliorée, passant de 7,7 % à 7,4 % (baisse moyenne de 0,21, significative). Au cours de la période de confinement, la moitié des patients ont déclaré ne pas avoir consulté en présentiel leur généraliste et neuf sur dix leur diabétologue. Les pharmaciens sont restés en revanche des interlocuteurs privilégiés.

Un tiers des patients ont bénéficié d’une téléconsultation, auprès de leur généraliste dans 43 % des cas, de leur diabétologue dans 48 % des cas et d’un infirmier dans 30 % des cas. Plus des deux-tiers (68 %) des patients n’ont pas eu de téléconsultation, principalement du fait de l’absence de besoin médical. Mais 10 % y ont renoncé faute d’accès à internet ou de connexion de qualité. Globalement, les patients sont bien informés sur le principe des téléconsultations (accès à distance aux conseils du médecin, remboursement, délivrance d’une ordonnance), mais ils n’étaient que 28 % à envisager un tel suivi dans le futur, invoquant le besoin d’un examen physique et d’un dialogue en face-à-face. Comme l’a précisé le Pr Bruno Guerci, « les consultations en présentiel ont ensuite repris et ont été maintenues au cours de la 2e vague à l’automne, ce que de nombreux patients ont apprécié. »

Amélioration du temps dans la cible

Un autre travail riche d’enseignement : celui mené à Dijon à partir des données de suivi de 80 personnes vivant avec un diabète de type 1 disponibles sur la plateforme LibreView. Le temps dans la cible (70 à 180 mg/dL) est passé en moyenne de 54 % à 58 % entre la période couvrant les 3 mois avant le confinement et la période du premier confinement, soit une amélioration d’environ une heure/24h, pour se stabiliser ensuite au cours des 3 mois suivant la fin du premier confinement. Ce bénéfice s’est fait sans augmentation des hypoglycémies, avec plutôt une réduction des hypoglycémies en deçà de 54 mg/dL.

Des données encourageantes, qui convergent avec d’autres études, notamment celles rapportées chez les patients traités par insuline en basal-bolus et accompagnés en télémédecine via le programme Etapes. Ce travail monocentrique, mené juste avant le premier confinement, a inclus 64 patients vivant majoritairement avec un DT1 (82 %), mal équilibrés depuis plusieurs années. L’HbA1c, qui était en moyenne de 10 % à l’inclusion et à 9,5 % au cours des 5 années précédentes, a diminué significativement au cours des 3 premiers mois, pour atteindre 8 % avant de se stabiliser au cours des 3 mois suivants. La fréquence moyenne des autocontrôles glycémique a été multipliée par deux au cours des trois premiers mois, passant de 3 à 5,6 scans par jour en moyenne. Quelque 82 % des patients se sont déclarés satisfaits de ce suivi, plus des deux tiers souhaitant le renouveler.

Communications du Pr Bruno Guerci Nancy et des Drs Kenza Sekkat, Corbeil-Essonnes et Sylvie Picard, Dijon

Dr Isabelle Hoppenot

Source : Le Quotidien du médecin