n novembre 2020, Olivier Véran, ministre de la Santé, déclarait : « Nous voulons à tout prix éviter une troisième vague, qui serait celle de la santé mentale ». Aux conséquences physiques du Covid-19 s’ajoutent des effets délétères sur la santé mentale, secondaires au stress chronique lié à la pandémie, aux mesures de confinement et de « distanciation sociale », aux incertitudes sur l’avenir économique et sanitaire, aux séquelles de l’infection.
L’infection elle-même peut débuter par des états confusionnels aigus avec idées délirantes chez des patients sans aucun antécédent psychiatrique. « Ces patients sont adressés aux urgences psychiatriques ; il faut penser au Covid devant des anomalies biologiques, une fièvre même modérée », souligne la Dr Isabelle Thauvin, responsable de l’unité de psychiatrie à l’hôpital européen Georges Pompidou (AP-HP).
Par ailleurs, en dehors de la phase aiguë, les conséquences inflammatoires de l’infection à coronavirus, virus neurotrope, peuvent laisser des séquelles qui augmentent le risque de pathologies psychiatriques, soulignait la Pr Marion Leboyer de la Fondation FondaMental commentant une récente étude (1). D’après Santé publique France et le rapport Épi-Phare (2), les taux d’anxiété et de dépression ont doublé pendant la crise, la consommation de psychotropes et l’incidence des idées suicidaires sont en forte hausse, y compris chez les Français sans antécédent psychiatrique.
Maintenir un contact médical
L’anxiété générée par la pandémie concerne toute la population mais, plus encore, les personnes fragiles, les sujets âgés et isolés, les malades chroniques à risque de formes graves de Covid, les sujets jeunes et précarisés par la crise sanitaire ou encore les familles monoparentales. Si les patients suivis en psychiatrie voient leurs troubles s’aggraver, ils semblent aussi présenter un risque accru de Covid lié, entre autres, aux comorbidités (obésité, diabète, maladies cardiovasculaires), aux troubles cognitifs et comportementaux, à la vulnérabilité psycho-sociale due à la stigmatisation et aux difficultés économiques (3). « S’assurer que les patients poursuivent leurs traitements psychotropes et évaluer le risque suicidaire régulièrement est d’autant plus indispensable que les patients sont confinés et souvent seuls », poursuit la Dr Thauvin.
Peur de l’avenir
Les psychiatres sont nombreux à souligner l’aggravation de la sémiologie dépressive chez leurs patients antérieurement stabilisés : apragmatisme, variations de poids, sentiment de désespoir, récidives dépressives sévères (y compris chez des personnes guéries) avec risque suicidaire augmenté, anxiété liée à la peur de la contamination.
« De nombreux jeunes expriment une crainte profonde de l’avenir, voire un véritable désespoir vis-à-vis de ce qu’ils perçoivent comme une absence de projection possible avec une forte demande d’anxiolytiques et de somnifères », souligne la Dr Catherine Rondepierre, psychiatre à Paris, qui estime essentiel le maintien d’un contact physique avec les patients. Et d'inviter les médecins à les inciter « à sortir, à avoir une activité physique, à maintenir des liens et des échanges, virtuels faute de mieux », ainsi qu'à « interroger régulièrement les plus fragiles sur leur consommation d’alcool, de médicaments ou de drogues, à les contacter régulièrement et à évaluer le risque suicidaire ».
Numéro vert et sites de référence
Les psychiatres sont nombreux à souligner l’aggravation de la sémiologie dépressive chez leurs patients antérieurement stabilisés : apragmatisme, variations de poids, sentiment de désespoir, récidives dépressives sévères (y compris chez des personnes guéries) avec risque suicidaire augmenté, anxiété liée à la peur de la contamination.
« De nombreux jeunes expriment une crainte profonde de l’avenir, voire un véritable désespoir vis-à-vis de ce qu’ils perçoivent comme une absence de projection possible avec une forte demande d’anxiolytiques et de somnifères », souligne la Dr Catherine Rondepierre, psychiatre à Paris, qui estime essentiel le maintien d’un contact physique avec les patients. Et d'inviter les médecins à les inciter « à sortir, à avoir une activité physique, à maintenir des liens et des échanges, virtuels faute de mieux », ainsi qu'à « interroger régulièrement les plus fragiles sur leur consommation d’alcool, de médicaments ou de drogues, à les contacter régulièrement et à évaluer le risque suicidaire ».
(1) M. Gennaro Mazza et al, Brain, Behavior, and Immunity, 2020. DOI: 10.1016/j.bbi.2020.07.037
(2) Groupement Epi-Phare constitué par la Caisse nationale d’Assurance-maladie (CNAM) et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).
(3) M. Taquet et al, The Lancet Psychiatry, 2021. DOI: 10.1016/S2215-0366(20)30462-4
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