UNE ÉTUDE rétrospective portant sur 1 380 patients présentant une goutte chronique et traités par hypo-uricémiants a été menée dans plusieurs pays d’Europe (Grande-Bretagne, Allemagne, France, Espagne, Italie) (1).
Des rhumatologues (76), des néphrologues (50) et des médecins généralistes (150) ont chacun enrôlé cinq patients goutteux chroniques. L’objectif de cette étude était d’évaluer les pratiques cliniques et le devenir des patients goutteux chroniques traités. Les informations recueillies étaient les suivantes : les caractéristiques démographiques, la fonction rénale, les comorbidités, les traitements hypo-uricémiants prescrits. L’historique de la prescription, le devenir des symptômes sous traitement et les raisons des changements ont également été répertoriés ainsi que les caractéristiques de la maladie (taux d’uricémie, nombre de poussées, nombre de tophus, nombre d’articulations tuméfiées) et les atteintes radiologiques. Les résultats montrent une nette prévalence du sexe masculin (77 % d’hommes). Les comorbidités les plus fréquentes sont une insuffisance rénale légère dans 24 % des cas, une insuffisance rénale modérée (14 %), une HTA (19 %), et une cardiopathie sous-jacente dans 6 % des cas. Des calculs rénaux sont retrouvés dans 20 % des cas.
Plus de 90 % des patients sous allopurinol ≤ 300 mg/j.
Les médicaments hypo-uricémiants prescrits sont les suivants : allopurinol (85 %), fébuxostat (10 %), probénécide (2 %), benzobromarone (2 %). Quatre-vingt-douze pour cent des patients étaient sous allopurinol avec une posologie ≤ 300 mg/j. Seuls 34 % des patients avaient une uricémie ≤ 360 µmol/l et 30 % des patients avaient une uricémie > 470 µmol/l. La raison la plus fréquente (23 % des cas) pour l’absence d’augmentation des doses de l’allopurinol (> 300 mg/j) était la présence d’une insuffisance rénale, suivie par la présence d’effets indésirables (20 %).
Parmi les patients traités par fébuxostat ou par allopurinol > 300 mg/j, 33 % avaient malgré tout une uricémie > 360 µmol/l et ≥ 1 tophus ou une poussée de la maladie et 18 % avaient une uricémie > 360 µmol/l et ≥ 3 tophus ou une poussée de goutte.
En conclusion de cette étude, les auteurs font remarquer que malgré la mise à disposition de plusieurs hypo-uricémiants, un nombre significatif de patients présente toujours des signes de leur pathologie goutteuse, ce qui signifie que leur maladie est insuffisamment contrôlée. De plus, un sous-groupe de patients sous allopurinol > 300 µmol/l ou sous fébuxostat présente toujours des poussées de leur maladie et des tophus.
Lesinurad + allopurinol : une association efficace
Le lesinurad est un nouvel agent uricosique actuellement en développement.
Deux cent huit patients souffrant de goutte réfractaire malgré un traitement par allopurinol pendant au moins 6 semaines, ont été randomisés dans l’un des quatre groupes de traitement : placebo + allopurinol ; lesinurad 200 mg + allopurinol ; lesinurad 400 mg + allopurinol ; lesinurad 600 mg + allopurinol. (2) Après 4 semaines de traitement, les patients recevant l’association allopurinol-lesinurad obtiennent une réduction du taux d’uricémie supérieure (respectivement 16 %, 22 % et 30 % versus 3 % dans le groupe allopurinol seul). En outre, les résultats en intention de traiter montrent que le pourcentage de patients atteignant des taux d’uricémie < 6 mg/dL est respectivement de 63 %, 74 % et 79 % dans les groupes allopurinol-lesinurad versus 25 % dans le groupe allopurinol. Les effets indésirables sont comparables dans les deux groupes.
Efficacité et sécurité à long terme de la pegloticase.
La pegloticase (Krystexxa), une uricase porcine modifiée recombinante administrée par perfusion intraveineuse a été approuvée par la Food and Drug Administration aux États-Unis dans le traitement de la goutte chez les patients présentant une goutte sévère qui ne sont pas contrôlés par le traitement standard.
Une étude américaine de phase III (3) a été menée afin de déterminer l’efficacité et la sécurité à long terme de la pegloticase. Les patients traités par pegloticase (8 mg toutes les 2 semaines), répondeurs (42 %) lors d’un essai contrôlé randomisé et ayant obtenu une normalisation persistante de l’acide urique après six mois de traitement, ont continué à être suivis dans une phase d’extension en ouvert. Sur les 35 patients répondeurs, 19 ont continué à recevoir la pegloticase (8 mg toutes les 2 semaines). Parmi eux, 84 % ont continué à avoir un taux d’uricémie < 6 mg/dL après plus de deux ans et demi de traitement et ne présentaient plus de poussée. L’étude montre également que les patients répondeurs après 6 mois peuvent recevoir à nouveau le traitement par pegloticase après un arrêt de 167 jours sans perdre la réactivité au traitement.
L’analyse des données met aussi en évidence qu’après 50 semaines, 90 % des patients ont une résolution complète ou partielle des tophus. Les résultats sont similaires aux semaines 78 et 102. La tolérance a été bonne.
Le canakinumab dans les crises de goutte.
Le canakinumab est un anticorps monoclonal humain, anti-IL-1ß.
Deux études de phase III (4, 5) contrôlées en double aveugle (ß- Relieved et ß- Relieved II) ont été menées afin d’évaluer l’efficacité du canakinumab sur le nombre de crises de goutte chez des patients ne répondant pas ou présentant une contre-indication aux AINS/colchicine. Ils ont été traités soit par une dose unique de 150 mg de canakinumab en injection sous-cutanée, soit par une injection intramusculaire de triamcinolone. Dans ß-Relieved, le canakinumab réduit significativement (de 55 %) par rapport à la triamcinolone le risque de nouvelles crises de goutte à la fin des 12 semaines. Dans ß-Relieved II, ce risque est réduit de 68 %.
(1) Nuki G et coll. Chronic gout in Europe in 2010 : clinical profile of 1 380 patients in UK, Germany, France, Italy and Spain. Abstract n° OP0112.
(2) Perez-Ruiz F et coll. Efficacy ans safety of lesinurad, a novel uricosic agent, given in combination with allopurinol in allopurinol-refractory gout patients : randomized double-blind, placebo-controlled, phase 2B study. Abstract n° OP0111.
(3) Lipsky P et coll. Safety and efficacy og long-term pegloticase (Krystexxa) treatment in adults patients with chronic gout refractory to conventional therapy. Abstract n° OP0113.
(4) Schlesinger N et coll. Efficacy of canakinumab vs triamcinolone acetonide in preventing recurrent flares in acute gouty arthritis patients contraindicated intolerant or unresponsive to NSAIDS and/or colchicine : results from two pivotal studies. Abstract n° OP0107.
(5) So A et coll. A controlled trial of canakinumab versus triamcinolone acetonide in acute gouty arthritis patients : results of the ß-Relieved study (response in acute flare and in prevention of episodes of re-flare in gout). Abstract OP 0108.
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