La thérapeutique homéopathique existe depuis deux siècles : ce qui ne constitue pas un argument mérite au moins un questionnement serein, apaisé, dès lors qu’on constate qu’elle est de plus en plus utilisée dans un grand nombre de pays, dont la France.
Plus de la moitié des Français font appel occasionnellement ou régulièrement à des traitements homéopathiques. 5 000 médecins pratiquent l'homéopathie à titre principal, 25 000 occasionnellement. Tous répondent aux critères de médecins spécialistes en médecine générale. Beaucoup sont médecins traitants d'une majorité de leur patientèle. Le médicament homéopathique, partiellement remboursé par la Sécurité Sociale, à hauteur de 30 %, représente 0,29 % en valeur des dépenses de l'assurance maladie. Convenons que ce serait encore trop si l’homéopathie ne présentait aucun intérêt thérapeutique. Si elle revenait plus cher qu’un autre traitement qui serait par surcroît mieux indiqué.
L’expérience nous montre au contraire que l’homéopathie apporte une réponse thérapeutique à bien des pathologies, en alternative ou en complémentarité des autres traitements médicaux. Ceux qui font ce choix ne sont ni des illuminés, ni des incompétents, encore moins des charlatans. Certes, les mécanismes d’action restent encore inconnus. Pour combien de temps encore ? Bien des travaux ont été publiés, que nos détracteurs voudraient aujourd’hui nier en les résumant à la formule lapidaire de « mémoire de l’eau ».
Une alternative efficace et non dangereuse
En France, c’est au nom du pragmatisme que notre système de soins a choisi d’intégrer et d’encadrer la pratique de l’homéopathie, tant sur le plan médical que pharmaceutique. L'Ordre des médecins a recommandé en 1974 de ne l’autoriser qu’aux médecins et préconisé une formation initiale universitaire. Le médicament homéopathique est inscrit à la pharmacopée européenne et française et enregistré selon un cahier des charges très contraignant répondant aux spécificités du médicament homéopathique depuis 1992. Les nouveaux enregistrements homéopathiques répondent au respect des directives européennes dans ce domaine.
L’intérêt et l'innocuité du traitement homéopathique ont été maintes fois prouvés. Il permet de traiter notamment avec succès les enfants pour leurs pathologies infectieuses. Sachant que la résistance aux antibiotiques est devenu un problème majeur de santé publique, il est important de ne pas en galvauder l'usage mais de les réserver aux seules situations qui le justifient. Les « homéopathes » sont loin d’être les seuls à le dire. La contre-indication d'un certain nombre de médicaments chez les enfants permet aux traitements homéopathiques d'offrir une alternative efficace et non dangereuse, dans le cadre d'une prise en charge médicale. Sa capacité à aider les patients à supporter des médicaments à effets toxiques sévères est également très utile.
Une vaste étude pharmaco-épidémiologique
Le caractère économique de la pratique des médecins homéopathes, l’absence de prise de risques, ont été rigoureusement démontrés lors d’une vaste étude pharmaco-épidémiologique dirigée par des scientifiques de renom et publiée dans des revues médicales internationales, selon une méthodologie qu’aucun expert de la discipline n’a critiquée.
Cette étude EPI 3 réalisée en France (2012) compare l’évolution de l’état de santé de plus de 8000 patients suivis pendant un an par 900 médecins, répartis en 3 groupes, souffrant de pathologies les plus fréquemment rencontrées en médecine générale, choisies par un comité scientifique présidé par le Pr Bernard Bégaud (INSERM) : troubles anxiodépressifs, troubles musculosquelettiques et infections des voies aériennes. Ces patients ont été traités par des médecins homéopathes ou non : leur suivi sur un an a montré qu’il n’existait aucune différence significative entre les deux populations de malades, tant en termes de gravité de leur pathologie lors de la prise en charge que de résultats, quelle que soit la thérapeutique utilisée. Avec un élément non négligeable pour la santé publique : l’absence de iatrogénie et l’absence de « perte de chance » pour les patients traités par l’homéopathie.
On nous objectera que cette étude, EPI3, a été financée par un laboratoire homéopathique. C’est injurier le comité scientifique qui a dirigé ces travaux.
Le rôle clé du médecin homéopathe
Le rapport efficacité/faible coût pour la collectivité plaide pour une large utilisation de cette option thérapeutique. Des pays très peuplés et aux moyens économiques limités comme l'Inde l’ont bien compris. Ce pays a inscrit officiellement l'homéopathie dans son offre de soins, au côté de la médecine occidentale et de la médecine ayurvédique.
Seul un médecin homéopathe peut décider de la pertinence ou non d'un traitement homéopathique, sur la base d’un diagnostic médical. Le véritable risque de « perte de chance » surviendrait dès lors qu’une automédication sauvage entrainerait des retards de diagnostic et des aggravations. Le non-remboursement de l'homéopathie entrainerait son usage par des non médecins, guérisseurs, naturopathes ou pire, par de véritables charlatans.
Nous devrions tous nous attaquer solidairement aux vrais enjeux pour la santé de nos concitoyens : favoriser une médecine intégrative incluant toutes les thérapeutiques efficaces médicamenteuses et non médicamenteuses, avec discernement, grâce à notre qualité de médecins reposant sur un socle commun de formation.
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