Le point de vue de Loïc Prud'homme

Le glyphosate tue autant qu’il ravage la biodiversité.

Publié le 14/01/2022
Article réservé aux abonnés

La proposition de loi de ce député LFI (La France insoumise) de Gironde devait être discutée mi-janvier à l'Assemblée Nationale. Elle vise à l'interdiction immédiate du glyphosate, de sa vente comme de son usage. Son auteur revient sur son initiative et sur ses motivations à bannir cette substance de nos paysages.

Crédit photo : David Niviere/ABACAPRESS.COM

Les effets désastreux du glyphosate sur notre santé et sur les écosystèmes ne sont plus à démontrer. Il est urgent que la France l’interdise. C’est l’objet de la proposition de loi que j’ai déposée avec mes collègues député.es du groupe parlementaire de la France insoumise.

Un quinquennat perdu malgré les annonces

Le 27 novembre 2017, à la suite de la promulgation par l’Union européenne du renouvellement de la commercialisation du glyphosate, Emmanuel Macron s’exprimait à ce sujet : « J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans trois ans ». Soit le 27 novembre 2020. Cette interdiction, maintes fois repoussée, n’est finalement jamais advenue.

Un risque avéré pour la santé et l’environnement

La dangerosité du glyphosate est déjà avérée. Il est reconnu comme cancérogène probable par l’Organisation mondiale de la santé, par le biais du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) depuis 2015.

Plus récemment, dans un rapport publié en juin 2021 par l’INSERM, un groupe d’experts pluridisciplinaire a analysé 5 300 documents de la littérature scientifique internationale publiée depuis 2013. Cette relecture critique établit l’existence de multiples corrélations ou liens de causalité entre l’exposition au glyphosate et le développement de pathologies cancéreuses. Elle confirme en particulier le lien entre le glyphosate et le lymphome non hodgkinien.

Selon la Mutualité sociale agricole (MSA), un agriculteur sur cinq souffre de troubles de santé directement liés à l’usage des pesticides. D’autant que le glyphosate est rarement utilisé seul, mais en association avec d’autres composés qui renforcent son action. Nous refusons que le glyphosate rejoigne les sinistres annales des scandales d’État, à l’instar du chlordécone, pesticide utilisé massivement dans les bananeraies des Antilles de 1972 à 1993 !

Pour un revenu stable pour les agriculteurs

Le glyphosate est le symbole d’un système agricole à bout de souffle. Verrouillé par l’agrochimie, il tue les agriculteurs et agricultrices et les gens autant qu’il ravage la biodiversité.

Personne ne peut ignorer la difficulté des agriculteurs à vivre de leur métier et combien le modèle d’agriculture productiviste est la cause de souffrance : 18 % des ménages agricoles vivent en dessous du seuil de pauvreté en 2021 et 605 agriculteurs se sont suicidés en 2015, d’après la Mutualité sociale agricole.

Et cela, alors même que dans un rapport publié en décembre 2017, l’Institut national de la recherche agronomique confirme la performance économique de l’agriculture biologique et l’existence de produits non chimiques ou de pratiques agronomiques susceptibles de remplacer le glyphosate pour ses quatre principaux usages.

L’agriculture biologique est donc davantage rémunératrice pour les paysans et permettra de créer des milliers d’emplois tout en protégeant la biodiversité. Nombreux sont les témoignages qui affluent soulignant que sans la chimie, les paysans ont redécouvert leur métier, dont la complexité technique et l’exigence de compétences agronomiques font leur fierté de l’exercer.

C’est pour toutes ces raisons que je propose avec les député.es du groupe parlementaire de la France insoumise, d’interdire immédiatement le glyphosate, sa vente comme son usage. Les député.es de la France insoumise avaient déjà porté une telle demande dans une autre proposition de loi déposée en 2019.

Exergue : Nous refusons que le glyphosate rejoigne les sinistres annales des scandales d’État, à l’instar du chlordécone

Loïc Prud'homme, député LFI de Gironde

Source : Le Quotidien du médecin