Et si l’immunité induite par le SARS-CoV-2 n’était que de courte durée et faiblement protectrice ? Alors que les perspectives de sortie de crise reposent en grande partie sur la mise en place d’une immunité collective (de façon naturelle et surtout via la vaccination), la question se pose de plus en plus.
Au fil du temps, plusieurs publications ont en effet suggéré que la production d’anticorps (Ac) systémique après une infection pourrait être variable et plus ou moins transitoire, selon les individus et les formes cliniques. « En gros, on sait aujourd’hui que si les patients qui font une forme grave développent une immunité humorale systémique (avec la présence d’Ac neutralisants dans leur sérum), ceux qui font des formes moins symptomatiques ou asymptomatiques n’ont pas forcément d’Ac systémiques ou les perdent rapidement », résume le Pr Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d’immunologie clinique et maladies infectieuses à l’hôpital Henri-Mondor (Créteil). Par ailleurs, des données récentes ont mis en évidence une diminution rapide des taux d’anticorps circulant chez des patients guéris.
Peut-on pour autant en conclure que le fait d’avoir été infecté une première fois n’empêche ni la réinfection ni la transmission ? Pas forcément, répond le Pr Lelièvre, et ce pour plusieurs raisons.
Premier élément potentiellement rassurant : selon des données récentes, un très faible taux d’Ac neutralisants suffirait à être efficace, comme cela a été démontré pour le SARS-CoV-1. « Or à distance de l’infection, les gens gardent probablement des Ac neutralisants mais à des taux trop bas pour être décelés par nos tests qui sont assez grossiers », explique le Pr Lelièvre. De fait, le test Elisa détecte l’ensemble des Ac circulants sans préjuger de leur fonctionnalité. Et si, au début de la maladie, « il y a probablement une bonne corrélation entre Ac totaux et Ac neutralisants », avec le temps, le taux d’Ac totaux pourrait baisser plus rapidement.
Les anticorps, mais pas que…
Par ailleurs, même s’il faut rester très prudent, « on voit bien qu’il y a des gens qui n’ont pas d’immunité humorale et qui pour autant guérissent du Covid ». Une équipe italienne a ainsi publié deux cas de patients atteints de maladie de Bruton (agammaglobulinémie) guéris du Covid-19 sans avoir produit d’anticorps.
Ces données suggèrent l’intervention d’autres types d’immunité, à la fois cellulaire systémique (via les lymphocytes T) mais aussi muqueuse ( au niveau ORL). Plus lourdes à mettre en évidence, cesréactions immunitaires sont beaucoup moins étudiées que l’immunité humorale systémique. Pour autant, leur implication dans la lutte de l’organisme contre le SARS-CoV-2 fait de moins en moins de doute.
Peu de réinfections
« Lors d’une infection naturelle, toutes ces formes d’immunité vont se mettre en place à des degrés variables », avec des bénéfices différents. Instaurée après les formes les plus sévères, l’immunité systémique ne protège pas de l’infection mais évite les formes pulmonaires de la maladie. A contrario, l’immunité muqueuse – prépondérante dans les formes moins sévères – permettrait de bloquer la réplication au niveau de la sphère ORL, limitant ainsi le risque de réinfection.
Tous ces constats vont assez bien « avec le faible nombre de cas de réinfection dûment authentifiés », estime l’immunologiste. Actuellement moins d’une dizaine de cas ont été publiés. Et « même si l’on a pu en manquer quelques-uns, le phénomène reste très rare ». Ainsi dans la pratique, « face à un tableau de virose chez un patient qui a déjà eu un Covid, le plus probable est qu’il s’agisse d’autre chose ».
Par analogie avec les coronavirus banals qui circulent de façon saisonnière depuis longtemps, on peut aussi penser que ces réinfections pourraient être liées davantage à l’apparition de mutants résistants qu’à une diminution de l’immunité au fil du temps, mais cela reste à démontrer pour le SARS-CoV-2.
DES VACCINS EFFICACES SURTOUT SUR LES FORMES PULMONAIRES ?
À la lumière des données récentes, pas sûr que les vaccins actuellement en développement puissent assurer une immunité collective majeure. En effet, comme ces vaccins entraînent essentiellement une réponse immunitaire systémique qui protège surtout des formes pulmonaires de la maladie, « on ne s’attend pas à ce que cela prévienne massivement l’infection (et donc la transmission, ndlr) même si on aura quand même possiblement un petit effet sur le portage », anticipe le Pr Lelièvre.
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