Dernière ligne droite avant le premier tour des municipales. Quelque 400 praticiens figureront sur les listes électorales dont le dépôt est officiellement clos ce jour. Le « Quotidien » a recueilli les témoignages de sept maires médecins. Ouverture aux autres, empathie, vision collective, capacité à trancher, montée en puissance des enjeux de santé...: le fait d’être médecin - tous le disent - est un atout.
Ils sont libéraux ou hospitaliers, jeunes ou expérimentés, célèbres ou anonymes, issus de tous les partis, de toutes les régions. Ils exercent dans des grandes villes où dans des hameaux de 200 habitants. « Ils », ce sont les quelque 400 médecins (lire Quotidien du 27 février) qui tiennent les rênes de leur ville et, pour ceux qui n’ont pas remisé leur stéthoscope, la vie de leurs patients entre les mains.
Avec les témoignages de sept maires médecins, « le Quotidien » a cherché à comprendre ce qui pousse les praticiens à s’engager dans la politique locale et s’ils ont trouvé dans ces mandats (souvent successifs) un écho avec leur activité de soignant. Tous évoquent avec nostalgie leurs patients, le sentiment d’empathie qui caractérise l’action de l’édile et du médecin. Beaucoup d’entre eux voient dans l’action politique une forme de continuité de leur carrière médicale, au point que certains maintiennent coûte que coûte leur activité professionnelle initiale, même réduite à peau de chagrin.
Dr Christian Hutin : « la médecine générale, genèse de mon engagement politique »
Maire (MRC) de Saint-Pol-sur-Mer (Nord) depuis 1995, médecin généraliste
« J’exerce deux matinées par semaine, en cabinet de groupe dans une zone sensible de la ville. C’est peu mais j’y tiens, car la profession me permet d’être au contact des difficultés de mes concitoyens. La médecine générale est la genèse de mon engagement politique. Les deux domaines sont liés. J’ai par exemple créé une zone franche urbaine dans la commune qui a permis à plusieurs spécialistes de s’installer et a créé 270 emplois.
À l’Assemblée nationale, en tant que député du Nord, je mène un combat contre l’amiante, qui, dans la région de Dunkerque, tue deux à trois personnes par semaine. Ma plus belle victoire ? Lorsque Marisol Touraine, Jean-Marc Ayrault et moi-même avons enterré cette aberration d’un autre âge qui consistait à demander aux veuves de l’amiante de rembourser les indemnisations perçues par leur défunt mari.
Dr Claude Malhuret : « le maire et le médecin sont dans l’empathie permanente »
Maire (UMP) de Vichy (Allier) depuis 1989, médecin épidémiologiste
« Il y a analogie entre le médecin et le maire. Tous deux vont à la rencontre du monde, les riches comme les pauvres, hommes et femmes… Tous deux sont dans l’empathie permanente. Je suis entré en politique un peu par hasard. À la tête de Médecins sans Frontières, j’ai orchestré la marche pour la survie du Cambodge en 1980, alors sous la coupe du régime Khmer rouge. Une manifestation internationale à la frontière de la Thaïlande a réuni 150 personnalités du monde de la culture et de la politique. Michel Sapin, Claude Evin et toute la « bande à Léo » (François Léotard, NDLR) étaient là, dont Alain Madelin. Il m’a recruté en 1986 pour me proposer le poste de secrétaire d’État chargé des Affaires étrangères et des Droits de l’homme. C’est ainsi que ma carrière politique a commencé.
Dr Geneviève Darrieussecq : « deux fonctions où l’on fait avaler la pilule... »
Maire (MODEM) de Mont-de-Marsan (Landes) depuis 2008, médecin allergologue
« Écouter, poser un diagnostic, faire avaler la pilule. Médecin ou maire, même combat : il faut aimer les gens. Il faut accepter d’y passer du temps. Être maire m’a demandé d’arrêter mon activité d’allergologie en ville et mes vacations à l’hôpital. Mon associé a repris mon activité. Dans les rues de la ville, je rencontre souvent mes anciens petits patients, qui me demandent pourquoi je ne suis plus là en tirant le bas de mon manteau ! Je reste pourtant sensible aux problématiques de santé. Je n’exerce plus mais je suis présidente du conseil de surveillance de l’hôpital et, depuis quelques mois, présidente de la Fédération hospitalière régionale d’Aquitaine. Je garde un pied dans la médecine.
Dr Jean-Marc de Lustrac : «pour mon second job, j’ai dû me former au budget... »
Maire (SE) de Vars (Charente) depuis 2008, médecin du sport et urgentiste
« Si vous me cherchez, vous me trouverez à l’hôpital d’Angoulême en train de faire des consultations de médecine du sport et aux urgences, où à la mairie de Vars en train de refaire des consultations ! Pour mon second job, j’ai dû tout de même me former au budget, à la gestion du personnel et à la législation. Être médecin me sensibilise à la problématique de la désertification médicale, que je peux résoudre en tant qu’élu. Vars est un bourg de 2 000 personnes. Cinq médecins généralistes sont installés pour les 8 000 habitants de la commune. Trois partent en retraite dans un an. Pour 2017, je souhaite créer une maison de santé pluridisciplinaire d’un genre nouveau : la structure serait gérée par la collectivité et l’espace partagé entre libéraux et hospitaliers en renfort.
Dr Pascal Buchet : « face à un symptôme, le maire comme le médecin doit agir sans attendre »
Maire (PS) de Fontenay-aux-Roses (Haut de Seine) depuis 1994, médecin néphrologue
« Parce qu’être maire n’est pas une profession, j’exerce toujours à temps partiel à l’hôpital de Bobigny. Il y a des similitudes entre les deux univers. Comme un médecin, le maire, dès lors qu’il observe un symptôme, doit agir sans attendre. Cette approche est valable sur tous les sujets dont s’occupe l’élu.
Quand j’étais interne, j’en ai vu passer, des gens fracassés, aux urgences de Mantes-la-Jolie, d’Ambroise Paré pour cause d’accidents de la route. Conséquence sur mon mandat ? Fontenay-aux-Roses est la première ville de France à avoir imposé une vitesse à 30 km/heure dans toute la cité. Nous avons divisé par trois le nombre de victimes. Autre exemple : tous les enfants scolarisés en maternelle et grande section sans exception se brossent les dents après la cantine. Un petit rituel prévention bucco-dentaire qui peut faire beaucoup.
Dr André Rossinot : « La culture médicale aide à tisser un fil direct entre le citoyen et l’élu »
Maire (UMP) de Nancy (Meurthe-et-Moselle) depuis 1983, médecin ORL
« La politique, c’est l’application des cours de sémiologie de première année de médecine : on écoute, on regarde, on dialogue et on rend visite à des personnes qui savent qu’on ne peut résoudre tous leurs problèmes, mais qui veulent être entendus. La culture médicale aide à tisser un fil direct entre le citoyen et l’élu. Je suis maire depuis 1983 et j’ai été ministre deux fois. Je me considère comme humaniste, laïc, social et européen. Je n’exerce plus depuis longtemps mais je suis président du conseil de surveillance du CHU de Nancy. Ca m’arrive encore, parfois, de croiser des anciens patients : petit pincement au cœur systématique. Je crois avoir opéré un transfert sur mes électeurs ! En 2014, je cède les rênes de la mairie mais espère conserver la communauté urbaine du Grand Nancy.
Pr Thierry Philip : « Je pensais être rodé à la douleur, à la mort. J’ai déchanté »
Maire (PS) du 3e arrondissement de Lyon (Rhône) depuis 2008, médecin cancérologue
« Un an après mon entrée en politique, en 2009, j’ai dû abandonner la direction du centre anticancéreux lyonnais Léon-Bérard. J’ai continué à me préoccuper de la santé des Lyonnais, mais autrement, en travaillant par exemple à débloquer 150 millions d’euros pour moderniser l’hôpital Edouard-Herriot. Aujourd’hui, je fais encore quelques consultations mais je ne prends plus soin des patients comme je l’ai fait pendant trente ans. Je prends soin des gens, et c’est parfois tout aussi difficile. Avec ma spécialité, je pensais être rodé à la douleur, à la mort. Le jour où, accompagné d’un général, j’ai dû aller toquer à la porte d’une mère pour lui annoncer le décès de son fils en Afghanistan, j’ai déchanté. C’est le moment le plus marquant dans ma fonction de représentant de la République. Et le pire.
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