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Dossier

Télémédecine, des confrères se lancent

Les e-médecins ne sont plus virtuels !

Publié le 08/11/2013

Ça fait déjà un moment que l’on en parle et le PLFSS 2014 relance la dynamique. Majoritairement présente dans l’univers hospitalier, la télémédecine prend de plus en plus ses marques chez les libéraux de santé. à commencer par les généralistes qui y voient notamment une opportunité à saisir dans le suivi des patients polypathologiques. « Le Généraliste » vous emmène à la rencontre de praticiens précurseurs dans ce domaine.

On se croirait presque dans un de ces films de science-fiction où finalement l’imaginaire a bien rejoint le réel. Dans ces cabinets où la téléconsultation a fait son entrée, l’ingéniosité de ces séances attire bien des regards. Du côté des professionnels de santé, des patients également, mais aussi du côté des pouvoirs publics. Roselyne Bachelot, ministre de la Santé d’alors, en avait un peu fait les frais en annonçant avec tambour et trompette le début de la téléconsultation pour 2011. A l’époque, peu de temps avant qu’elle ne lâche son portefeuille, l’annonce avait reçu un accueil mitigé. Si les décrets d’application de la loi « Hôpital, Patients, Santé et Territoire » devaient bien paraître fin octobre 2010, ouvrant la voie à la télémédecine, les patients semblaient encore hésitants. Un sondage Viavoice réalisé à cette date pour le Groupe Pasteur Mutualité révélait que 81% d’entre eux n’étaient pas prêts à consulter un médecin via le web. Trois ans plus tard, les mentalités ont bien changé. Selon une récente étude réalisée par Syntec Numérique, plus de 75% des sondés aimeraient échanger régulièrement par e-mail ou SMS avec leur médecin traitant, en tout cas à propos de leurs problèmes de santé bénins.

Les médecins presque convaincus

Du côté des médecins, c’est un peu plus compliqué. Certaines études comme celle d’Accenture menée en 2011 montre que deux tiers des médecins français estiment que l’informatique médicale permettra d’améliorer les diagnostics (62,9%) et d’accroître la qualité des décisions relatives aux traitements (62,2%). Toutefois, comme le souligne le Dr Augustin Vallet, généraliste à Bastelicaccia (Corse-du-Sud) et président de l'Association Corse Télésanté & Télémédecine (voir p.9), les généralistes proches de la retraite n’ont pas toujours envie de faire l’effort de se former et de s’équiper. à l’inverse de la nouvelle génération, qui est, elle, plutôt friande de ce genre d’expérimentations comme l’illustrent les projets de santé de deux généralistes installés respectivement en Auvergne et en région PACA : le Dr Guillaume Ducleroir (voir p.8) et le Dr Aurélie Janczewski (voir p. 9), récemment nominée dans la catégorie « Organisation des soins » des « Grands Prix du Généraliste » 2013 (voir Le Généraliste n°2655).

Expérimentations dans des régions pilotes à partir du 1er janvier 2014

Développer la télémédecine ? C’était aussi l’un des douze engagements pris par la ministre de la Santé, Marisol Touraine, dans son « Pacte Territoire Santé » présenté en décembre 2012 à Scorbé-Clairvaux (Vienne) pour lutter contre les déserts médicaux. Et comme pour montrer qu’il a de la suite dans les idées, le gouvernement a défini le périmètre des expérimentations de télémédecine dans le cadre du PLFSS 2014 en cours de discussion au Parlement. L'article 29 prévoit en effet qu'à partir du 1er janvier 2014 et pour une période n'excédant pas quatre ans, des expérimentations de télémédecine pourront être menées « dans des régions pilotes », « pour des patients pris en charge, d'une part, en ville et d'autre part, en structures médico-sociales ». Un cadre législatif qui tombe à point nommé compte-tenu des attentes des professionnels de santé sur le terrain.

« Le médecin généraliste est de plus en plus confronté dans sa pratique professionnelle à des maladies chroniques dont le suivi peut se faire grâce à la télésurveillance », explique le Dr Pierre Simon, président de l’Association nationale de télémédecine (Antel) dont le 6e Congrès européen se tiendra les 15 et 16 novembre prochains à Paris. Pour l’auteur du rapport sur la place de la télémédecine dans l’organisation des soins remis en 2008 à Roselyne Bachelot, les médecins généralistes ont tout intérêt à se former à cette pratique 2.0 : « D’abord, pour avoir accès aux avis de spécialistes plus rapidement, ensuite pour faciliter la prise en charge des polypathologies, et enfin pour intéresser la nouvelle génération ». Cet ancien chef du service de néphrologie-dialyse au centre hospitalier de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) prévoit même qu’à terme « la télémédecine concernera plus les libéraux de santé que les hospitaliers ».

Une douzaine de maisons de santé bientôt concernées

Pour lui, la véritable « mutation » viendra des nouvelles générations exerçant dans les maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) « plus à même de développer ce type de projet » car regroupées et travaillant avec des spécialistes et des paramédicaux sous un même « toit ».

La Fédération Française des Maisons et Pôles de Santé (FFMPS) est d’ailleurs en train de concevoir un projet de télémédecine de grande envergure qui devrait concerner une douzaine de MSP sur plusieurs régions de France. « Si notre dossier est retenu, on s’inscrira dans un projet de télé-expertise dans les domaines de la cardiologie, néphrologie et de la dermatologie, mais aussi dans de la télésurveillance en cardiologie », précise son président, Pierre de Haas. Au-delà de « l’outillage informatique » qui, pour l’heure, ne pose pas problème, l’enjeu, pour celui qui fut un des « sages » du comité Cordier qui a participé à l’élaboration de la « Stratégie nationale de santé », est de « tirer les équipes de soins de proximité vers une dynamique humaine ». « Nous verrons ensuite, une fois les expérimentations lancées, le niveau d’appropriation des professionnels de santé et des patients.» Le généraliste espère, à terme, l’ouverture de nouvelles négociations avec la CNAMTS permettant la rémunération des actes de télémédecine, qui reste aujourd’hui un frein à la mise en place de projets ou à leur pérennisation.

Mais la bataille tarifaire est loin d’être gagné. Car si d’aucuns, comme le Dr Pierre Simon, jugent les nouvelles dispositions prises dans le PLFSS 2014 à même de « débloquer ce frein », d’autres redoutent la frilosité de l’Assurance maladie. Lors du Carrefour de la télésanté, organisé les 23 et 24 octobre derniers à Paris par le CATEL, association regroupant près de 20 000 acteurs en télésanté, certains mettaient même sur le compte de ces supposées réticences le résultat mitigé de certaines études évaluant l’intérêt médico-économique des projets. En multipliant le nombre de consultation – si celles-ci étaient rémunérées à l’acte – le développement de la télémédecine serait surtout vu par l’Assurance maladie comme des dépenses de santé supplémentaires, pointent les critiques... Débat sans doute prématuré puisque la solution privilégiée par les pouvoirs publics dans les expérimentations actuelles repose sur des forfaits.

Pour trancher, peut-être faudra-t-il attendre fin 2016 le rapport que la Haute autorité de santé (HAS) doit remettre sur l’évaluation des expérimentations prévues dans le PLFSS 2014. D’ici là, Le Généraliste vous propose de découvrir cinq projets de télémédecine menés par des médecins généralistes qui vous donneront un aperçu de l’exercice de demain !

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